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Peoplesphere

Contester son propre licenciement auprès d’un ‘jury’ composé de collègues, une bonne idée?

La réalité qui dépasse la fiction? Certaines ‘innovations sociales’ sont de nature à nous questionner sérieusement… L’introduction par Amazon d’une forme de ‘jury’ composé de collègues afin d’évaluer la pertinence d’une procédure de licenciement en cours fait partie de celles-ci. En demandant aux collaborateurs de se prononcer sur le futur d’un des leurs, l’entreprise n’ouvre-t-elle pas la porte à de possibles dérives?

Le Bloomberg Business Week relate cette semaine le cas d’une collaboratrice de l’entreprise Amazon, invitée à un entretien en présence de son responsable hiérarchique et d’un représentant du département RH. Un grand classique… Elle se voit proposer 3 choix à l’issue d’un entretien mettant en évidence ses lacunes sur le plan des performances. Quitter l’entreprise avec une indemnité, tenter de ‘sauver’ son job au cours des semaines suivantes sur base d’objectifs court terme à réaliser, ou plaider sa cause en vidéo-conférence auprès d’un panel de collaborateurs et en présence de son manager chargé d’argumenter contre elle. Elle a choisi cette dernière option.

Ce dispositif constitue l’une des expérimentations les plus récentes au sein de l’entreprise Amazon confrontée à la croissance de ses effectifs qui dépassent aujourd’hui les 500.000 personnes. Au lancement de cette initiative, le groupe a reconnu que nombre de licenciements ont sans doute été décidés trop rapidement. Le management a souligné alors que la mauvaise définition des rôles, les dysfonctionnements collectifs et l’impatience des responsables restaient des facteurs à approfondir dans ces circonstances. L’absence de forum permettant d’en débattre était certainement en cause.

Ce processus d’audience a été créé il y a 18 mois environ et les réactions sont pour le moins mitigées. L’équité du dispositif est en cause selon les collaborateurs (actuels et passés) du groupe ainsi que de l’avis d’avocats confrontés à ce type d’usage.

L’entreprise Amazon s’est refusée pour l’instant à tout commentaire sur le sujet. Le programme, dénommé ‘Pivot’ vise à fournir un outil équitable et transparent à chaque collaborateur nécessitant un soutien dans l’exercice de son job. Chacun se voit offrir la possibilité de travailler en étroite collaboration avec son manager en vue de remédier aux situations problématiques rencontrées, voire de quitter l’entreprise. La procédure d’appel s’adresse à celles et ceux qui pensent qu’ils ne devraient pas être concernés… Après une année d’utilisation, Amazon se dit confiante vis-à-vis de cette initiative et satisfaite du soutien que celle-ci offre à ses collaborateurs.

La réalité du terrain est sans doute moins… simple. Le nombre d’appels introduits est en forte diminution tant l’exposition vis-à-vis de ses pairs et l’opposition publique à son propre manager semblent difficiles à porter au quotidien par les travailleurs.

Un témoin interne explique que son responsable hiérarchique a revu ses objectifs individuels au terme de la procédure, les rendant inatteignables. Sa rencontre avec un ‘ambassadeur de carrière’ proposé par l’entreprise lui a également laissé un goût amer, ce dernier l’invitant à revoir sa plaidoierie en éliminant des éléments de détail qui lui semblaient importants toutefois. Par ailleurs, l’utilisation de la vidéoconférence s’avère particulièrement inefficace pour la gestion de ce type de situation.

Au niveau de l’entreprise, la pertinence de ce programme est réelle : la limitation du coût des départs est une priorité. Avec un taux de rotation annuelle de 10% (estimation basse pour une entreprise de haute technologie), les sociétés doivent consacrer environ 5% de leurs ressources aux activités de recrutement, de formation et de remplacement des collaborateurs. L’intérêt financier d’une réduction de ce taux de rotation est évident.

Amazon a dès lors engagé plusieurs dizaines d’ambassadeurs de carrière afin de déployer ce programme à l’échelle mondiale. Ceci a généré un flux d’affaires considérable pour les experts en droit social intervenant en support des travailleurs concernés. En cause, les plans d’amélioration des performances proposés par l’entreprise se révèlent inopérants. Ces experts reconnaissent en effet que le dispositif ne constitue pas une solution à son terme. « Les collègues au sein du jury vous donnent raison. Puis, ils repartent dans leur fonction respective. Et vous vous retrouvez avec le même manager qui continue à penser que vous ne faites pas du bon travail… »

Source : Bloomberg Business Week

 

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