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Fusions-Acquisitions : les jeunes entreprises belges à potentiel sont souvent vendues trop tôt.

Les entreprises belges de plus en plus souvent rachetées par des acteurs étrangers, le constat n’est pas nouveau. Par ailleurs, nous observons sur le marché que le marché belge des fusions-acquisitions poursuit sa croissance alors que la tendance internationale est plutôt à la baisse. Explication : la taille limitée de nos entreprises facilite leur rachat par des actionnaires étrangers. Mais la rapidité à laquelle les créateurs se délestent de leur création pose question.

L’enquête, menée auprès de 120 spécialistes et consultants belges des fusions-acquisitions, sonde, d’une part, leur expérience du marché des fusions-acquisitions et des transactions dans lesquelles ils ont été engagés en 2016 et, d’autre part, leurs attentes pour cette année. Ce M&A Monitor annuel a été réalisé sous la direction du professeur Mathieu Luypaert du Vlerick Centre for Mergers, Acquisitions & Buyouts, en collaboration avec la Banque J.Van Breda & Co, BDO et Gimv.

Des transactions au-delà des frontières

L’enquête laisse apparaître clairement que les entreprises belges sont de plus en plus rachetées par des acteurs étrangers. Cette tendance est moins prononcée pour les acquisitions par des entreprises belges en dehors des frontières nationales.

Seulement 1/3 des transactions auxquelles les experts interrogés ont participé en 2016 sont étrangères. Les entreprises belges rachètent principalement dans leur pays.
Les entreprises belges qui réalisent une acquisition étrangère le font surtout en Europe (64 %) ; les États-Unis arrivent en deuxième position (17 %).

Dans seulement 53 % des transactions étrangères, la transaction a été initiée par le vendeur. Pour ce qui est des acquisitions au niveau national, l’initiative émane, dans 63 % des cas, du vendeur.
Professeur Mathieu Luypaert : « Tout d’abord, d’un point de vue géographique, la Belgique offre une porte d’accès intéressante vers l’Europe, certainement pour le marché asiatique. Il suffit de songer à l’intérêt de State Grid pour Eandis ou au club de deuxième division OHL, qui est passé entre des mains thaïlandaises. Ensuite, les prix d’acquisition acceptables dans notre pays attirent de plus en plus les fonds d’investissement étrangers. Enfin, les experts interrogés évoquent l’incertitude politique. D’ordinaire, les repreneurs belges s’intéressent surtout aux entreprises basées en France, aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni. Or, ce sont aujourd’hui des pays sur lesquels plane une grande incertitude liée aux accords commerciaux et aux élections. Ce facteur freine incontestablement les acquisitions par des entreprises belges à l’étranger. »

Notons encore que les experts se montrent relativement critiques à l’égard de cet intérêt croissant de l’étranger. « Selon l’enquête, les conseillers belges en fusions-acquisitions estiment que les entreprises belges – et plus particulièrement les jeunes entreprises de croissance avec un fort potentiel – sont trop souvent vendues, et trop tôt. C’est ainsi que les centres de décision désertent la Belgique. On peut y voir en partie une question de courage et de culture. Les entrepreneurs belges privilégient parfois la sécurité financière. D’autre part, s’embarquer avec un acteur étranger peut permettre de renforcer la croissance de l’entreprise, parfois à très court terme, et d’obtenir une internationalisation très rapide. Pour les entreprises concernées, un tel rachat n’est donc pas négatif en soi, mais la Belgique risque d’en pâtir en termes d’emploi, de climat entrepreneurial, d’image ou d’opportunités de croissance locales supplémentaires qui sont perdues. »

Le marché belge des acquisitions a le vent en poupe

Contrairement à une tendance à la baisse sur le marché international des acquisitions en 2016, le marché belge des fusions-acquisitions poursuit sa croissance.

67 % des experts interrogés ont constaté en 2016 une hausse du nombre de transactions en Belgique. Près de la moitié d’entre eux (42 %) font même état d’une hausse de plus de 10 %.
Cela s’explique, d’une part, par la taille des transactions. Le marché belge des acquisitions se caractérise essentiellement par des transactions petites et moyennes, et ce sont précisément ces transactions qui sont prisées au niveau mondial. D’autre part, les prix pour les entreprises belges restent relativement raisonnables par rapport à d’autres pays.
Le pic de cette croissance n’a pas encore été atteint. 57 % des experts s’attendent à ce que le marché des acquisitions poursuive encore sa croissance en 2017, alors que le nombre de transactions a déjà atteint des sommets en 2015 et 2016.

Comment caractériser ces transactions ?

Quelle est la valeur des entreprises ? En 2016, il fallait débourser en moyenne 6,4 fois la valeur EBITDA (c.-à-d. le flux de trésorerie opérationnel), tous secteurs et tailles d’entreprise confondus. En 2015, c’était 6,1 fois – en 2013, cette moyenne n’était encore que de 5. La vente d’une même entreprise produit donc aujourd’hui un rendement 1,4 fois plus élevé.
Dans le segment des plus petites entreprises (moins de 5 millions d’euros de valeur), les prix sont restés quasiment stables ; on débourse en moyenne 4,7 fois l’EBITDA.
Pour les grandes transactions (> 100 millions d’euros), les conditions du marché jouent un rôle manifeste et les montants en jeu grimpent en moyenne à 8,2 fois l’EBITDA.

En 2016, cinq entreprises en moyenne ont remis une offre pour une entreprise belge à vendre. En 2015, on en dénombrait quatre. Cela est dû non seulement à l’intérêt étranger croissant pour les entreprises belges, mais aussi et surtout à la grande disponibilité d’argent. Les banques se montrent aujourd’hui mieux disposées à financer des acquisitions.

Un financement plus aisé

En moyenne, il est possible d’emprunter 3,2 fois sa valeur EBITDA (contre 2,9 en 2015) auprès des banques pour financer une transaction d’acquisition. Cette hausse du financement maximal de la dette vaut pour toutes les transactions, quel que soit leur montant, mais surtout pour le segment des petites entreprises. « Les secteurs de croissance caractéristiques sont souvent à la pointe de la technologie, mais aussi plus à risque. Les banques sont clairement à la recherche d’alternatives en endossant un rôle plus actif sur le marché des acquisitions. Elles sont disposées à repousser un peu leurs limites, même dans le segment inférieur. »

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