Urgence, (im)patience, accélération… Le sens du timing dans la gestion quotidienne de nos entreprises est une qualité rare sur laquelle nous pourrions sans doute travailler davantage. Une belle intuition ou une bonne décision, lancée au mauvais moment, peut provoquer un chaos indescriptible.
Nos entreprises ont grand besoin de leaders et de collaborateurs qui voient clair dans l’obscurité et l’incertitude. Encore faut-il que ceux-ci interviennent au moment opportun, lorsque les ‘conditions’ sont réunies pour que leurs convictions se transforment en avancées concrètes.
Et la première de ces ‘conditions’ reste sans doute le choix du bon tempo pour que les équipes, les clients, les partenaires puissent embarquer dans nos projets. Avoir raison trop tôt, ce n’est pas avoir raison… C’est juste le signe d’une difficulté évidente à s’inscrire dans le bon rythme, celui qui permet d’être toujours en prise directe avec le monde réel qui a tellement besoin de bonnes énergies et de lumière. Que faut-il donc pour rester connecté avec la grande horloge ?
Prédiction, conviction, persuasion… Le fruit d’une certaine éloquence et d’un peu de patience.
Nous n’en pouvons plus de courir derrière le temps qui passe (euphémisme). Pour sortir du cycle infernal, développer une capacité d’anticipation est crucial aujourd’hui. Ce n’est pas ni un don inné, ni un art divinatoire. De quoi parlons-nous? De traiter les données disponibles autour de nous, de rechercher les liens logiques qui existent entre elle et de proposer une clé de lecture ‘originale’ qui permet d’avancer dans la bonne direction.
Ce sont des étapes indispensables pour celles et ceux qui veulent se mettre en position d’annoncer ce qui vient.
Toutefois, une vision brillante reste souvent lettre morte si elle n’est pas soutenue par une certaine éloquence. Il faut être capable de la partager, et dans les meilleurs des cas, d’obtenir l’adhésion.
Certains discours restent lettre morte tantôt parce que personne n’est prêt à les entendre, tantôt parce que la formulation est maladroite, et souvent parce que nous aimerions que chacune et chacun aient la lucidité de voir l’évidence qui nous est apparue récemment. Un claquement de doigts ne suffit pas. Il ne sert à rien d’avoir raison trop tôt. Et il ne sert pas à grand-chose non plus d’avoir raison tout seul. Autant accepter dès lors qu’il y ait un temps consacré à la gestation des idées, aussi brillantes soient-elles parfois. Le nombre de licornes furieusement innovantes qui se sont cassées la gueule en atteste, pour celles et ceux qui s’interrogent encore sur les raisons de leurs échecs (répétés).
Une frontière mince entre vision, aveuglement et mensonge
Revendiquer un statut de leader visionnaire (avec le risque de devenir ce que l’on appelle aujourd’hui un influenceur) exige une sérieuse dose d’intégrité. Il faut être prêt à reconnaître l’erreur et accepter de se confronter à une réalité parfois brutale qui contredit la vision et les ambitions que l’on a développées. Ne pas procéder honnêtement au reality check confine à l’obstination voire à l’aveuglement. Pire, le risque de mensonge n’est jamais bien loin, ce qui devient moralement très compliqué à défendre même si nous voyons chaque jour autour de nous bien des managers et des collaborateurs qui croient profondément aux contre-vérités qu’ils profèrent.
Dans quel cas tombe-t-on dans les affres du mensonge ? Lorsque l’intérêt personnel prend la place sur l’intérêt général ou collectif. Lorsque l’on s’entoure de collègues incapables de questionner la vision ou la stratégie. Lorsque l’on fuit ses responsabilités en l’absence de résultats probants.
Ce que veulent les collègues ? De l’énergie, du plaisir et… du rythme.
Il faut que ça bouge! La maîtrise du momentum adéquat est tellement importante pour que les équipes délivrent leur plein potentiel. Impulser l’accélération qui s’impose, pouvoir prolonger l’effort en donnant le sursaut énergétique nécessaire, pouvoir ralentir aussi lorsque les troupes n’arrivent pas à enchaîner les épreuves…
Un management calé sur les battements de cœur de son équipe se voit doté d’une puissance inégalable.
Bien sûr, nous aimerions toutes et tous être parfaitement synchrones avec nos collègues… Mais cela n’arrive qu’à quelques êtres d’exception qui se reconnaissent et se retrouvent parfois, sous le coup du hasard ou d’un appel irrésistible.
En attendant que ce bonheur puisse vous atteindre, partons du principe que la clairvoyance que nous attendons des leaders visionnaires n’est qu’un concept lointain s’il n’est soutenu par un sens du timing parfait. C’est un défi qui inspire la modestie. De nature à réaliser que nous ne sommes qu’une poussière dans l’univers ou – puisque c’est de temps qu’il est question – une petite seconde dans l’éternité.
Jean-Paul Erhard

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