Lors de la journée d’étude PensionStat.be, les acteurs concernés par la réforme des pensions se réunissent pour partager les dernières informations sur 4 sujets d’actualité: l’écart de pension entre les genres, la modernisation de la dimension familiale, le comportement des Belges vis-à-vis du départ à la pension et la généralisation de la pension complémentaire. Voici ce que PensionStat.be nous enseigne sur les retraites d’aujourd’hui et de demain.
1. Ecart de pension entre les genres : que montrent les chiffres les plus récents?
Sur la page “Genre et pension », PensionStat.be cartographie les inégalités de pensions entre hommes et femmes. Les chiffres les plus récents concernent les personnes ayant pris leur pension en 2023.
L’écart total de pension entre les genres a légèrement diminué depuis 2019 : passant de 24% à 21% en 2023. Cet écart est fortement corrélé aux différences de durée des carrières et de revenus. Après un ajustement simultané pour la durée de carrière et la catégorie salariale, l’écart diminue significativement chez les pensionnés ayant une durée de carrière comprise entre 35 et 39 années , ce n’est que dans les tranches de revenus les plus élevées qu’un écart de pension entre les genres demeure visible.
L’inégalité est moins marquée pour la pension légale (17%) que pour la pension complémentaire, où l’écart atteint 53%. Une explication possible réside dans la pénalité liée à la naissance d’un enfant. Après la naissance d’un premier enfant, les contributions pour la pension complémentaire diminuent en moyenne de 15% pour les femmes. Cet écart coïncide avec la baisse du nombre d’heures travaillées. La diminution temporaire de la participation au marché du travail après la naissance du premier enfant a un impact direct sur la constitution de la pension complémentaire. Pour la pension légale, en revanche, cet effet est largement compensé par l’assimilation des périodes de congé de maternité et de congé parental pour le calcul des droits à pension.
2. Modernisation de la dimension familiale : chiffres clés et tendances
La modernisation de la dimension familiale constitue un autre axe majeur des réformes de l’Arizona menées par le ministre Jambon. Lors de la journée d’étude et sur PensionStat.be, un aperçu des différents droits dérivés – pension de ménage, pension de conjoint divorcé, pension de survie et allocation de transition – et de leur évolution parmi les pensionnés récents sera présenté. En 2024, 36% des pensionnés bénéficieront d’un droit dérivé. Historiquement, ces droits ont été plus importants pour les salariés et les travailleurs indépendants que pour les fonctionnaires (pour lesquels certains droits dérivés n’existent pas). En raison de l’évolution de la société, notamment la hausse du taux d’activité des femmes et la plus grande instabilité des relations conjugales, l’importance de ces droits dérivés est en train de changer.
L’importance de la pension de ménage diminue fortement, sauf chez les travailleurs indépendants. En 2024, 19% des pensionnés mariés recevaient une pension de ménage, presque exclusivement au nom du mari. Parmi les nouveaux pensionnés ayant reçu une pension en 2023, ce chiffre s’élevait encore à 12 . La pension de ménage est relativement plus fréquente chez les indépendants (34%) que chez les salariés (19%).
Parallèlement, la pension de conjoint divorcé gagne en importance. Entre 2019 et 2024, le nombre de bénéficiaires a augmenté de 51%, avec une légère hausse du côté des hommes. Cependant, trois bénéficiaires sur quatre (76%) sont encore des femmes. Environ la moitié des femmes divorcées reçoivent une pension de conjoint divorcé en complément de leur pension de retraite ; ce chiffre n’est que de 21 pour les hommes divorcés.
Les pensions de survie sont de plus en plus souvent combinées avec des pensions de retraite. En 2024, 71% des bénéficiaires recevaient une pension de survie combinée à une pension de retraite, contre 65% en 2019. Les bénéficiaires sont majoritairement des femmes (93%).
L’allocation de transition est une prestation destinée spécifiquement aux jeunes veufs et veuves et a été créée pour éviter leur exclusion du marché du travail après le décès de leur conjoint. Bien que cette allocation puisse être cumulée sans limitation avec un revenu professionnel, elle est principalement versée aux femmes (86%). Cela laisse supposer que les hommes qui perdent leur conjoint ne trouvent pas toujours le chemin vers cette allocation, malgré les efforts récents des services de pension pour mieux la faire connaître. Aujourd’hui, l’examen de l’allocation de transition est automatique ; il reste à voir si cet examen automatique aboutira à une répartition plus équitable de cette allocation entre les sexes.
3. Le départ à la pension : examen de la pension anticipée
Parmi les pensionnés ayant reçu leur première pension légale en 2022 ou 2023, 80% pouvaient prendre leur pension anticipée. 70% ont effectivement opté pour cette solution. Ceci confirme que la pension anticipée est le choix privilégié lorsqu’il est possible. Les femmes sont moins susceptibles de remplir les conditions requises pour une pension anticipée, principalement en raison des exigences liées à la durée de leur carrière et à leur âge. Cependant, elles y ont plus souvent recours que les hommes lorsqu’elles le peuvent (71% contre 64%).
Le montant de la pension légale attendue influence également le choix de la pension anticipée. Ceux qui s’attendent à s’attendent à recevoir une pension légale moyenne sont plus enclins à prendre leur pension anticipée, tandis que ceux qui s’attendent à recevoir une pension faible ou élevée sont plus enclins à la reporter. Les personnes bénéficiant d’un deuxième pilier solide ont généralement un meilleur accès à la pension anticipée, mais sont moins susceptibles d’y recourir, probablement pour des raisons fiscales.
4. Généralisation de la pension complémentaire : une ambition qui reste à atteindre
La généralisation du deuxième pilier des pensions, avec une contribution patronale annuelle obligatoire d’au moins 3% du salaire brut, demeure une ambition constante des accords de gouvernement successifs. Cependant, les chiffres les plus récents montrent qu’un salarié sur trois, soit environ 1.308.000 personnes, ne constitue toujours pas de pension complémentaire.
De plus, il apparaît qu’en plus des 32% qui ne constituent pas de pension complémentaire, 46% contribuent pour une pension complémentaire inférieure à l’objectif de 3 % du salaire brut. Cela concerne principalement les salariés aux salaires les plus bas, qui accusent donc un retard systématique dans la constitution de leur pension complémentaire.
Parmi les salariés qui reçoivent une pension complémentaire, on observe une inégalité structurelle marquée
70% des salariés avec les contributions les plus faibles représentent seulement 15,91% du total des contributions de pension.
Parallèlement, les 1% des salariés les mieux rémunérés contribuent 16,15% du total des contributions, donc plus que l’ensemble du groupe des 70%.
Pour atteindre l’objectif des 3% pour l’ensemble des salariés, 1,95 milliard d’euros supplémentaires de contributions pour les pensions complémentaires auraient été nécessaires en 2023.
Source: Service fédéral des Pensions (SFP) – PensionStat.be est une plateforme de statistiques sur les pensions légales et complémentaires en Belgique. Lancé en 2021, PensionStat.be est en constante évolution et, a atteint cinq ans plus tard, près de 36.000 visiteurs uniques par an.

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