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Gérer les douleurs chroniques par le travail: le soutien psycho-social que représente l’environnement professionnel est un excellent traitement.

En matière de gestion de l’absentéisme ou du présentéisme, la manière dont nous appréhendons la question de la douleur physique est évidemment importante. L’idée consistant à ‘traiter’ la douleur par le mouvement et donc par le travail lorsque cela s’avère possible, se répand doucement. Les Mutualités Libres proposent l’analyse du professeur Bart Morlion, médecin de la douleur et coordinateur du Centre multidisciplinaire de la douleur de l’UZ Leuven. Selon lui, « le retour au travail est l’une des formes les plus efficaces de soutien psychosocial ». Explications.

Près d’un Belge sur 4 et un Européen sur 5 souffrent de douleurs chroniques. Ces affections impactent leur vie et leur entourage, mais ne doivent pas forcément les empêcher de conserver leur travail ou de bénéficier d’une réinsertion professionnelle. De plus, travailler permet aux patients souffrant de douleurs de faire face à la maladie.

La douleur ordinaire est un mécanisme de protection naturel. Mais que faire lorsque vous ressentez une douleur qui n’a aucune raison d’être ? Le professeur Bart Morlion de l’UZ Leuven reçoit quotidiennement des patients souffrant de douleurs chroniques. « Il s’agit avant tout de personnes ressen- tant des douleurs musculo-squelettiques : dans le bas du dos, le cou… Je vois aussi des personnes atteintes de fibromyalgie et de douleurs nerveuses, des personnes qui continuent de souffrir après un traitement contre le cancer, etc. Ce n’est donc pas un groupe homogène, mais tous ont un point commun : ils souffrent depuis plus de 3 mois », explique Bart Morlion. « Après un certain temps, une telle douleur chronique commence à modi-fier les propriétés de votre système nerveux. Contrairement à la douleur aiguë, il est difficile d’en déterminer la cause exacte. La douleur n’est plus la conséquence de dommages spéci-fiques subis par votre corps, mais d’un système nerveux modifié.”

Le travail, partie intégrante du traitement

Les recherches montrent que la qualité de vie des personnes souffrant de douleurs nerveuses chroniques est aussi mauvaise que celle des femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique. La douleur chronique n’est donc pas seulement une donnée biomédicale, elle a aussi des conséquences psychologiques et sociales majeures. C’est un aspect que le centre de la douleur de l’UZ Leuven prend en
compte pendant le traitement. « Notre stratégie repose sur trois piliers. Nous nous concentrons sur le traitement médico-technique et la kinésithérapie, mais aussi sur le soutien psychosocial », explique Bart Morlion. « Nous aidons les gens à reprendre leurs activités avec enthousiasme, de préférence dans un cadre économique et professionnel. Je considère le travail comme une partie intégrante du traitement. En effet, l’attention et la distraction sont des mécanismes puissants qui soulagent la douleur dans le cerveau. Si cela ne fonctionne pas vraiment, nous examinons les éventuelles possibilités de bénévolat ou de nouveaux hobbies.”

L’impact social de la douleur dans toute l’Europe est très élevé. Les États membres en prennent conscience et le sujet occupe une place de plus en plus importante dans l’agenda politique. Notamment grâce au lobbying de l’EFIC, l’association européenne de la douleur. « L’un des objectifs de l’UE est de maintenir les citoyens en bonne santé et actifs sur le marché de l’emploi le plus longtemps possible. Dans ce contexte, nous avons pu mener au sein de l’EFIC des discussions efficaces, au plus haut niveau avec les institutions européennes », déclare Bart Morlion. « Ce travail commence à porter ses fruits. De plus en plus d’eurodéputés s’intéressent au sujet, ce qui nous permet d’organiser des réflexions sur la douleur chronique au Parlement européen. » Outre ses activités de lobbying, l’EFIC investit également dans la recherche scientifique sur la douleur chronique et dans la formation à travers toute l’UE. « Nous élaborons des programmes d’études pour les médecins, les kinésithéra- peutes, les psychologues et les infir- mières. Pour toutes ces professions, nous organisons aussi des cours avec examens.”

La réalité belge

Malgré ces efforts, en Belgique, il est très difficile pour les personnes souffrant de douleurs de conserver leur emploi ou de retourner au travail. Selon le professeur Morlion, les trajets de réinsertion professionnelle consti- tuent un pas dans la bonne direction, mais ne sont actuellement pas assez efficaces pour les patients atteints de douleurs chroniques. « Je constate tous les jours que ce n’est pas évident. Lorsque nous avons réussi à motiver les patients à y prendre part, ils sont souvent rappelés à l’ordre par leur syndicat, par exemple. On leur fait croire qu’ils pourraient perdre leurs indemnités », poursuit Bart Morlion.
« Dans certains cas, il est aussi plus avantageux financièrement de rester à la maison que de retourner au travail. Quelque chose ne tourne pas rond dans ce système. Je pense que tout le monde peut apporter une contribution significative à la société, mais il faut encourager ces démarches. C’est une culture qui fait encore défaut dans notre pays. »

Le patient au centre des collaborations

Que recommande le professeur Morlion pour garder les patients souffrant de douleur au travail ou pour qu’ils y retournent ? « Les autorités devraient soutenir et promouvoir des conditions de travail plus flexibles. Je pense, entre autres, à la possibilité de travailler debout ou de pouvoir prendre une pause toutes les heures. Grâce à ces adaptations, la vie des patients serait beaucoup plus facile
au travail », explique Bart Morlion. « Il est également essentiel de cesser de travailler en silos. Au Centre de la douleur de l’UZ Leuven, nous évitons cette fragmentation en rassemblant tous les acteurs impliqués autour du patient : les services qui le soutiennent dans sa recherche d’emploi, les travailleurs sociaux, les médecins chargés de la revalidation, les psychologues, etc. » Dans ce contexte, le professeur Morlion plaide pour la mise en place d’une fonction de « case manager » qui organiserait l’approche multidisciplinaire du cas spécifique du patient. « Envoyer le patient dans cinq services différents est contre-productif. Si tous unissent leurs forces, les chances de réussite seront beaucoup plus grandes. »

Source : Mutualités Libres – Steven Vervaet

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