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Peoplesphere

Multiplication des restructurations et des mouvements sociaux: « pas d’issue si nous ne repensons pas la distribution des revenus », explique Marie-Hélène Ska.

Retour sur l’entretien mené avec Marie-Hélène Ska à la sortie de l’été dernier (cfr Peoplesphere n°213) à l’occasion de sa présence en tant qu’inivitée du Grand Oral RTBF – Le Soir sur la Première ce samedi 27 janvier. Souvenons-nous que la secrétaire générale de la CSC nous expliquait regretter l’absence de perspectives à long terme et la difficulté de mener des discussions constructives avec le gouvernement. Des propos qu’elle confirme à l’aune des restructurations et mouvements sociaux qui se multiplient en expliquant dans que « la marmite sociale est prête à exploser.

Carrefour, Durobor, Aviapartner mais aussi Davos. Marie-Hélène Ska, sociologue de formation pour rappel, analyse la situation de manière plus globale sur les ondes de la Première : « La première fracture se trouve entre celles et ceux qui sont à Davos et celles et ceux qui n’y sont pas. Les responsables politiques et économiques qui sont là-bas gagnent simplement en quatre jours jusqu’à deux ans du salaire moyen des travailleurs chez nous en Belgique. ». Elle dénonce donc « l’explosion des inégalités dans notre société. Ce que nous vivons en Belgique, en Europe et dans le monde, c’est une coupure croissante entre un nombre limité de personnes, souvent éduquées, un milieu socio-culturel favorisé, qui ont perdu tout lien, tout contact, toute préoccupation sur ce qui fait la vie des travailleurs et des travailleuses de ce pays. Quand le progrès social n’est plus accompagné par une juste distribution des revenus, il y a un effritement, une espèce de fracture de la cohésion sociale et cela m’inquiète « .

Revenant donc sur le rôle que nous pourrions attendre dans le chef des acteurs politiques et publics, elle déclare « Le rôle du politique n’est pas simplement d’accompagner le changement. C’est aussi de définir quels sont les secteurs dans lesquels nous voulons voir s’implanter du travail, et à quelles conditions. Or aujourd’hui, et ce n’est pas l’apanage de ce dernier gouvernement, il y a eu une espèce de course au moins disant social ou environnemental pour attirer à tout prix des grandes entreprises qui restent un an, deux ans, dix ans, et puis qui s’en vont. Pour moi, les pays qui gagnent aujourd’hui, ce sont les pays qui ont su garder une préoccupation de mettre l’homme aux commandes de la digitalisation. Et ce débat-là aujourd’hui, il manque ! « 

Repenser les formes d’actions syndicales ?

Les grèves et autres mouvements syndicaux semblent de plus en plus… inutiles. De quoi s’interroger sur la forme de ceux-ci ? « Face à un gouvernement de droite dont l’objectif est de casser tous les corps intermédiaires, nous avons l’obligation de réfléchir à la forme de nos actions. Mais je n’ai pas l’intention de remiser au frigo des forces d‘action de nature à changer les choses. »

L’émotion et l’immédiateté des réactions suscitées par l’annonce du plan de transformation de Carrefour Belgique ne la surprend pas complètement : « Je suis en colère parce que ce n’est pas la première fois. Cette situation était inattendue dans l’ampleur mais il y avait des signaux lancés par les interlocuteurs sociaux. Plus de 24 millions d’euros d’intérêts notionnels ont été octroyés à Carrefour en une année. 16,789 millions d’euros touchés par Carrefour liés au saut d’index et au tax-shift. Dans le même temps, Carrefour a versé en 2016 50 millions de dividendes à ses actionnaires. Pour le dire platement, le gouvernement belge a payé les dividendes aux actionnaires de Carrefour et aujourd’hui, Carrefour, qui n’a rien anticipé, va faire payer à la sécurité sociale et aux travailleurs une réorganisation dans laquelle ils ne sont pour rien. C’est proprement dégoûtant « . Elle se dit dès lors en attente du politique: « Nous ne sommes pas là juste pour mettre le couvercle sur une marmite prête à exploser socialement. Ce que j’attends des progressistes, c’est de reconstruire des espaces de possibilités pour tout un chacun dans la société, des espaces dans lesquels les uns et les autres ont leur place. Et ça veut dire un débat fondamental sur la distribution primaire des richesses. « 

Source : RTBF – La Première

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