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Comment nos entreprises ont-elles utilisé les marges dégagées par le saut d’index et le taxshift? Création d’emplois ou distribution de dividendes?

Lorsqu’il s’agit de dresser le bilan du gouvernement précédent, ses opposants affirment régulièrement que les entreprises auraient utilisé le saut d’index et le taxshift pour augmenter leurs bénéfices, et non pour créer de nouveaux emplois et investir dans de nouveaux secteurs économiques liés au développement durable par exemple. La FEB a voulu livrer une analyse approfondie visant à nuancer voire contredire cette affirmation. Selon la fédération patronale, les entreprises ont bel et bien utilisé le saut d’index et le taxshift pour stimuler les exportations, créer de l’emploi et investir dans l’avenir.

« À la suite de ces mesures, les entreprises exportatrices belges ont revu leurs prix relatifs à l’exportation à la baisse afin de stimuler la croissance de leurs exportations », explique-t-on à la FEB. « Les entreprises du secteur privé ont également recruté en masse et occupent aujourd’hui 224.000 personnes de plus qu’il y a 5 ans (chiffres nets). Sur la même période, elles ont également augmenté leur volume d’investissement d’environ 17% pour se préparer aux révolutions écologique et numérique à venir. Dès lors, en 2018, le taux de marge net des entreprises (c.-à-d. après investissements et paiement des impôts) s’est révélé inférieur à la moyenne des 20 dernières années. »

1. Baisse des prix à l’exportation / baisse des coûts salariaux
Les données de l’étude de la Banque Nationale (sur lequel se sont basées les critiques concernant  l’augmentation des bénéfices) montre clairement que les entreprises exportatrices belges ont utilisé les mesures prises par la coalition suédoise en faveur de la compétitivité pour rendre les prix de leurs biens et services plus attractifs sur les marchés internationaux. Les entreprises exportatrices belges ont réduit leurs prix à l’exportation de 3% par rapport à la moyenne de la zone euro dès 2015, suite à l’introduction du saut d’index et à l’annonce du taxshift. La baisse relative des prix à l’exportation sur l’ensemble de la période 2015-2018 a été plus forte que la baisse relative des coûts salariaux horaires par unité produite (environ 2%). Les entreprises se sont donc efforcées d’améliorer leurs résultats à l’exportation via une baisse relative des prix à l’exportation.

2. Une croissance plus forte des exportations de biens
Sur les marchés de biens, cette stratégie a porté ses fruits. Tandis que la croissance de nos exportations de biens était de seulement 1,5% par an entre 2010 et 2015, soit nettement moins qu’en Allemagne (4%) ou en France (3%), la situation s’est inversée entre 2016 et 2018, avec une croissance des exportations de biens de 3,7% par an en Belgique, contre 3,2% en Allemagne et 3,4% en France.
Les mesures en faveur de la compétitivité prises par la coalition suédoise ont donc clairement eu un impact positif sur nos exportations de biens. Les exportations de services, par contre, ont connu en 2016-2018 une évolution relativement défavorable par rapport à nos trois pays voisins. En effet, l’impact positif des mesures en faveur de la compétitivité a été éclipsé à la fois par la relative faiblesse du secteur e-commerce belge (difficulté d’instaurer le travail en soirée) et par les conséquences des attentats de 2016 sur le tourisme dans notre pays.

3. Une forte création d’emplois dans le secteur privé malgré une croissance économique légèrement ralentie
Ces deux derniers éléments ont également quelque peu ralenti la croissance économique qui, en 2015- 2018, n’atteignait que 1,8% par an en Belgique, contre 1,85% par an en moyenne (pondérée) chez nos trois voisins. Cela n’a pas empêché nos entreprises privées de créer un nombre relativement élevé d’emplois durant cette période. Entre le 3e trimestre de 2014 et le 3e trimestre de 2019, le nombre d’emplois dans le secteur privé « pur » a augmenté de 224.000 unités pour atteindre plus de 3,4 millions. Cela représente une croissance de 7% au total, ou de 1,4% par an.
Cela signifie que chaque pourcentage de croissance économique a généré près de 0,8% de croissance de l’emploi dans le secteur privé. Une intensité de travail exceptionnellement élevée, donc (la normale étant de 0,4 à 0,5%), qui peut être attribuée dans une large mesure à l’évolution relativement favorable du coût de la main-d’œuvre.

4. Des effets retour importants
En raison de la forte création d’emplois, la baisse significative du coût de la main-d’œuvre ne s’est que partiellement traduite par une augmentation de la part de l’excédent brut d’exploitation (EBE) dans la valeur ajoutée (VA) totale créée par les entreprises, un concept macroéconomique que la BNB appelle également « taux de marge ». En d’autres termes, les effets retour du saut d’index et du taxshift ont été considérables. Les entreprises ont en effet employé cette réduction des charges pour augmenter les exportations (de biens) et pour créer un grand nombre d’emplois.

5. « Excédent brut d’exploitation » et « bénéfices » sont deux choses différentes
Enfin, le « taux de marge » macroéconomique, en légère augmentation, ne peut être considéré comme un indicateur de la rentabilité nette finale des entreprises (ou comme une « augmentation des bénéfices »).
La Banque Nationale l’indique toujours clairement dans ses publications.
Le taux de marge des sociétés non financières se calcule à partir des comptes nationaux comme étant l’excédent brut d’exploitation divisé par la valeur ajoutée brute. Cette marge brute est utilisée par les entreprises, d’abord pour financer les amortissements et les charges d’intérêts sur leurs investissements, puis pour payer leurs impôts directs (= impôt des sociétés).

6. Les entreprises investissent de plus en plus pour préparer l’avenir
Les entreprises privées ne se sont pas contentées de recruter un nombre relativement important de travailleurs (voir point 3), mais qu’elles ont également investi une part nettement plus élevée de leur valeur ajoutée qu’auparavant. Le taux d’investissement des entreprises est passé de 23-24% durant les premières années du nouveau millénaire à 26-27% au cours des 3 dernières années. En valeur, les investissements ont augmenté d’environ 21% entre 2014 et 2018. En termes de volume, cela représente une augmentation de près de 17%, soit environ 4% par an.
Le fait que cette croissance des investissements s’accompagne d’une hausse relativement forte de l’emploi indique également que, ces dernières années, les entreprises ont davantage investi dans l’innovation (dans la digitalisation et le verdissement) et moins pour des raisons d’économie de main- d’œuvre.

7. Forte augmentation de la pression fiscale effective sur les entreprises avant une réforme fiscale indispensable
L’analyse des données montre également que l’impôt des sociétés effectivement payé par les entreprises a systématiquement augmenté ces 9 dernières années. Durant les premières années qui ont suivi la crise majeure de 2008-2009, cette augmentation s’expliquait bien entendu par le redressement progressif des bénéfices des entreprises. Depuis 2013, la suppression progressive de la déduction des intérêts notionnels (en raison de la baisse structurelle du taux d’intérêt des OLO) et, dans une moindre mesure, les mesures européennes et de l’OCDE ralentissant l’optimisation fiscale internationale (BEPS) entraînent une augmentation structurelle de la pression fiscale effective pesant sur les entreprises belges. Ainsi, en 2016 (6,48% de la valeur ajoutée affectée au paiement de l’impôt des sociétés), nous sommes quasiment revenus au niveau du précédent pic cyclique de 2006 (6,54%).

8. Rentabilité des entreprises légèrement inférieure à la moyenne à long terme
Une fois que l’on a déduit de l’excédent brut d’exploitation, en légère augmentation, les coûts d’investissement et les versements au titre de l’impôt des sociétés, en augmentation eux aussi, on obtient un indicateur macroéconomique relativement précis de la rentabilité nette des entreprises.
La rentabilité nette des entreprises s’est quelque peu renforcée en 2015-2017, atteignant 8,9% de la valeur ajoutée, soit un pourcentage légèrement supérieur à la moyenne à long terme (8,4%) mais toujours nettement inférieur de près de 10% aux niveaux enregistrés en 2004-2007.
En 2018, la forte croissance de l’emploi, les efforts d’investissement historiquement élevés et les paiements substantiels au titre de l’impôt des sociétés (même après la correction décrite ci-dessus), ont toutefois conduit à un léger recul de la rentabilité nette à 7,8%, soit un niveau légèrement inférieur à la moyenne à long terme. Cela n’est pas problématique en soi, car il est clair que les entreprises belges se préparent à faire face aux révolutions numérique et écologique à venir. La réforme planifiée de l’impôt des sociétés pourrait par ailleurs offrir une plus grande marge de manœuvre aux entreprises en 2020 en vue de nouveaux investissements.

Enfin, il convient de préciser que ce concept de rentabilité nette macroéconomique ne peut, lui non plus, être assimilé directement aux bénéfices distribués aux actionnaires. Ces dernières années, de plus en plus d’entreprises ont fait le choix de réserver leurs bénéfices en vue d’investissements futurs au lieu de les distribuer aux actionnaires.

Source: FEB

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