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Transition numérique: « l’enjeu, c’est la montée en gamme du capital humain. »

Le défi de la numérisation est double selon Gilles Babinet, champion digital de la France auprès de la Commission Européenne. Interrogé par le quotidien La Tribune, il relève que l’uberisation installe une pression à la fois sur notre fiscalité et sur notre aptitude à développer notre capital humain.

L’expert français précise d’emblée lors de cet entretien: « le coeur du réacteur de cette révolution, ce sont les politiques structurelles, l’éducation, l’enseignement supérieur, la modernisation de l’État! Les enjeux numériques, bien que présents dans les déclarations d’intentions des acteurs politiques, ne se traduisent que très peu en politiques concrètes et ambitieuses. Le sujet, c’est de se préparer au monde de demain : au sein du système éducatif, comment favoriser la collaboration, l’imagination, la confiance? Voilà ce que devraient apprendre en priorité la petite école et l’école primaire à nos enfants. C’est fondamental : la confiance, c’est ce qui permet l’entrepreneuriat, une bonne gestion des communs, le travail avec les autres, la coconstruction. Il faut aussi probablement apprendre largement aux enfants cette grammaire moderne qu’est le code. L’objectif, ce n’est pas de faire de tout le monde des codeurs, mais il faut que les gens comprennent ce qui se passe quand ils se servent de leur smartphone. C’est indispensable pour être acteur, et pas seulement consommateur, de la révolution digitale, pour que tous comprennent et donc partagent le même monde. »

Le périmètre sur lequel nous devrions agir est européen. Comment ne pas passer à côté de la seconde vague ? « En mettant en oeuvre des politiques publiques coordonnées, probablement à un niveau européen, pour créer des clusters de compétences, pour investir dans le temps long, dans l’éducation certainement, mais aussi sur des sujets ambitieux, à l’instar de ce que fait la Darpa américaine [Defense advanced research projects agency, ndlr], l’unité 8.200 en Israël, etc. En créant une vraie flexi-sécurité qui soit propre à permettre la prise de risque et qui favorise ainsi l’innovation de rupture… »

La question de la productivité.

Gilles Babinet poursuit : « Je note que beaucoup de nos maux sont dépendants de la productivité : aussi bien la pénibilité du travail que le fait de ne pas pouvoir choisir ce que l’on veut faire dans la vie. Agir sur la productivité, c’est aborder des enjeux de libération du travail taylorisé et des enjeux de stratégie de politique industrielle à forte valeur ajoutée. Le cas – contesté – du Royaume-Uni est intéressant. Voilà un pays critiqué pour les effets sociaux de son libéralisme, mais qui a fait un pari de long terme, celui de la montée en gamme. Aujourd’hui, le numérique pèse 10 points dans le PIB britannique. Ce pays a fait des efforts pour atteindre une véritable excellence universitaire, qui se manifeste par le grand nombre de prix Nobel britanniques, le nombre de licornes [anciennes startups valorisées plus d’1 milliard de dollars, ndlr], 17, contre 2 en France. À moyen terme, cela pourrait se traduire par des progrès sur les grands indicateurs économiques et sociaux : mobilité sociale et baisse de la pauvreté. »

La Tribune insiste ensuite sur le caractère anxiogène de notre avenir.

« C’est tout le sujet de la productivité. Dans le transport, Uber, c’est de la productivité par rapport aux taxis. La question politique, c’est comment répartir ces gains de productivité. Il y a deux enjeux : l’enjeu de captation de la valeur fiscale. L’OCDE tente de faire avancer les choses et il faut s’assurer que ce n’est pas qu’une tentative. Le deuxième défi – qui est lié à celui de la fiscalité c’est la montée en gamme du capital humain. »

Comment agir ? En privilégiant le long terme… « Il faut des politiques de temps long : réformer l’école, la confiance en soi, les modèles d’éducation inversés, en donnant par exemple de l’autonomie au chef d’établissement. Dans l’enseignement supérieur, il faut aussi donner sensiblement plus d’autonomie aux universités, sur le modèle des grandes écoles, avec une liberté des tarifs qui pourraient par exemple être plafonnés à 15.000 euros avec parallèlement, la mise en place de bourses d’État à 0% remboursables en différé, généraliser les formations complémentaires au numérique… Au Danemark, 100% des gens sortent de l’enseignement supérieur avec une formation complémentaire au numérique, quel que soit le secteur d’études : utiliser le cloud, un tableur ou les réseaux sociaux, savoir faire un document partagé, ce sont des outils de productivité basiques… »

source : LaTribune.fr

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