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Travail soutenable : tout et son contraire?

Autant vous le dire d’emblée, ce sont les contradictions que nous avons retenues dans la communication de Federgon au sujet des initiatives à venir en matière de travail soutenable. La fédération des prestataires des services RH veut rappeler que c’est au niveau de l’entreprise que la décision doit revenir et qu’il convient d’éviter la production de nouvelles règles du côté de l’exécutif. Pour souligner ensuite que « c’est la mission des pouvoirs publics de mener une politique positive, (…) en levant les obstacles juridiques et administratifs qui entravent la mise en place du travail soutenable. » Essayons de comprendre…

Comme la fédération le rappelle, « lors d’une Table Ronde en juin dernier, le Ministre fédéral de l’Emploi, Kris Peeters, a lancé l’action « Travail soutenable » (« Werkbaar werk », également traduit par « Travail faisable »). Le redressement économique stimulé par le gouvernement doit être ancré structurellement, notamment en prolongeant la durée des carrières. Les gens vont devoir travailler plus longtemps, et il faut faire en sorte qu’ils soient aussi en mesure de le faire. Il faut rendre le travail plus ‘soutenable’, et ce tout au long de la carrière des travailleurs. »

Elle identifie trois piliers (Formation & Motivation – Stress au travail – Equilibre privé/professionnel) couverts par la notion de ‘travail soutenable’ pour conclure que celle-ci passe par « une bonne gestion de carrière – une approche sur mesure – qui vise à rechercher une adéquation entre les capacités des travailleurs et la situation de travail réelle et à maintenir cette adéquation tout au long de la carrière. » Logiquement, Federgon prône donc pour déplacer le sens de l’initiative au niveau des entreprises elles-mêmes via la mise en oeuvre d’une politique RH ambitieuse.

Elle plaide ensuite pour que nous évitions une nouvelle inflation réglementaire: « Nous sommes convaincus que l’on ne rendra pas le travail plus soutenable à coup d’automatismes et de mesures collectives, ni non plus en multipliant les règles, droits et obligations. Ce qu’il faut, c’est une approche efficace, centrée sur les Ressources Humaines et conçue sur mesure en fonction de l’entreprise. » Pour reprendre ensuite: « C’est la mission des pouvoirs publics de mener une politique positive, qui vise à encourager et à soutenir les entreprises en les sensibilisant sur la question du travail soutenable, bonnes pratiques à l’appui en les informant au sujet des initiatives ou des possibilités de formation existantes et en levant les obstacles juridiques et administratifs qui entravent la mise en place du travail soutenable. »

Serait-ce contradictoire? La fédération souhaite que les pouvoirs publics sensibilisent les entreprises aux bonnes pratiques en matière de flexibilité et d’agilité.  Elle énumère ensuite quelques formes concrètes parmi lesquelles le job crafting, la promotion de la santé et du bien-être, le télétravail, le scan employabilité, l’accompagnement aux ‘nouveaux modes de travail ou encore les formations individuelles en matière de gestion du changement,… Bref, un inventaire détaillé de l’offre de services de ses membres – prestataires de services – à l’intention des entreprises qui seraient manifestement en manque de compétences et de ressources (ndlr: ce qui nous semble constituer un sérieux raccourci).

Plus loin encore, Federgon insiste sur la nécessité de lever les obstacles juridiques et administratifs afin que la mise en place du travail soutenable puisse se réaliser. Les difficultés administratives liées aux dérogations aux horaires de travail à temps partiel, ainsi que la nécessité de conclure une CCT en cas d’adaptation des régimes de travail flexibles par exemple, seraient de réels freins vis-à-vis de l’ambition du travail faisable. Idem sur le plan de la composition des packages d’avantages extra-légaux…

La CNE n’a pas tardé à réagir aux déclarations récentes des fédérations d’employeurs qui visent à limiter l’intervention de l’état afin de responsabiliser davantage les travailleurs en matière d’employabilité et de gestion durable de leur capital santé. Et d’annoncer de futures actions en guise de protestation contre le risque de précarisation des travailleurs.

Même s’il est légitime de préparer le terrain des futures négociations de part et d’autre, il est d’ores et déjà à craindre que les positions seront difficiles à concilier. Un dossier à suivre, un de plus…

 

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