Perte d’emplois et investissements en berne, les secteurs de la chimie et de la Pharma face à un tournant historique.

Avec une perte de 1 590 emplois, une baisse des exportations de près de 5% et très peu de nouvelles annonces d’investissements, le secteur belge de la chimie et des sciences de la vie se trouve à un moment charnière. Faute d’actions rapides pour corriger ses handicaps structurels de compétitivité, la Belgique risque de manquer un cycle d’investissement déterminant pour l’avenir de son industrie. Cette situation met non seulement des emplois en danger, mais compromet également la transition industrielle et accroît le risque d’une dépendance croissante aux importations.

La fédération sectorielle essenscia plaide pour une réduction effective des coûts de l’énergie et du CO₂, une meilleure protection contre la concurrence internationale déloyale et des mesures politiques fortes pour stimuler la croissance et attirer les investissements.

Les résultats économiques 2025 du secteur de la chimie, des matières plastiques et des sciences de la vie en Belgique confirment la tendance négative observée ces dernières années. Le chiffre d’affaires du secteur stagne depuis trois ans autour de 75 milliards d’euros et recule en termes réels, ne suivant pas le rythme de l’inflation. Pour la deuxième année consécutive, le secteur enregistre des pertes d’emplois, tandis que les exportations reculent pour la troisième année d’affilée.

Perte de parts de marché dans le commerce mondial

En 2025, les exportations du secteur ont reculé de près de 5%. Les exportations vers les pays hors Union européenne ont même chuté de près de 10%, signe d’une perte de parts de marché de la chimie et de la pharma belges au niveau mondial. Sur les trois dernières années, les exportations sectorielles se sont contractées de 23%, soit une diminution de près de 50 milliards d’euros.

Les exportations vers les États-Unis sont également affectées par l’incertitude et l’imprévisibilité des droits de douane : les exportations pharmaceutiques vers les États-Unis ont ainsi diminué de 10% l’an dernier. Pour la chimie et les matières plastiques, la balance commerciale avec des pays comme les États-Unis (-5 milliards d’euros) et la Chine (-1,1 milliard d’euros) est devenue nettement négative. Malgré ce contexte difficile, la chimie et les sciences de la vie restent le premier secteur exportateur du pays, représentant un tiers des exportations totales de la Belgique.

Des pertes d’emplois surtout dans la chimie et les matières plastiques

Après dix années de croissance de l’emploi, le secteur enregistre des pertes d’emplois pour la deuxième année consécutive. En 2024, 1 145 emplois ont été perdus, auxquels se sont ajoutés 1 590 suppressions d’emplois en 2025. Les pertes d’emplois enregistrées l’an dernier se concentrent principalement en Flandre (-1 503 emplois), essentiellement dans la chimie et les matières plastiques. Cette évolution met également en péril quelque 6 800 emplois indirects.

Les investissements progressent de 9% pour dépasser les 4 milliards d’euros, mais ces chiffres reflètent essentiellement des décisions d’investissement prises dans le passé. Les dépenses en recherche et développement atteignent 7 milliards d’euros, principalement portées par la pharmacie et la biotechnologie. Cela montre qu’en dépit d’un contexte économique difficile, le secteur continue d’investir dans l’innovation et les nouvelles technologies.

La Belgique perd en attractivité comme site d’investissement

Une analyse réalisée par le bureau spécialisé Trendeo à la demande d’essenscia, montre que l’attractivité de l’Europe et de la Belgique en tant que sites d’investissement industriel est fortement mise sous pression. Les investissements se font de plus en plus hors Europe. Sur la période 2016- 2025, la Chine et les États-Unis concentrent à eux seuls près de la moitié de l’ensemble des projets d’investissement annoncés dans le secteur de la chimie, des plastiques et de la pharmacie au niveau mondial, contre à peine 8 % pour l’Union européenne.

Au sein de l’Europe, la Belgique conserve une position stratégique, mais la dynamique d’investissement s’est nettement essoufflée ces dernières années. Entre 2016 et 2019, notre pays représentait encore 15% de l’ensemble des investissements sectoriels en Europe, grâce à une série de mégaprojets dans le pôle chimique du port d’Anvers. Les années suivantes, la Belgique a encore attiré plusieurs investissements importants dans la pharma et la biotech. Mais depuis 2023, les grandes annonces d’investissements se font rares et la part de la Belgique dans les investissements européens est tombée à un niveau marginal de seulement 0,8%.

Jan Remeysen, président d’essenscia et CEO de BASF Antwerpen : « Les problèmes sont connus depuis des années, mais les solutions tardent à se concrétiser. Il est désormais urgent de lever plus rapidement nos handicaps structurels de compétitivité. Cela nécessite des choix politiques clairs : des moyens supplémentaires pour réduire les coûts de l’énergie, un ajustement réfléchi du système ETS et une approche plus ferme contre le dumping déloyal. Dans d’autres régions du monde, la politique industrielle passe à la vitesse supérieure. Si nous ne suivons pas, nous mettons en péril notre sécurité économique et risquons de manquer un cycle d’investissement crucial. Le coût de l’inaction sera, au final, bien plus élevé. »

Il existe des leviers pour réduire rapidement les coûts énergétiques. Au niveau fédéral, la réduction annoncée des tarifs de réseau de transport doit enfin être mise en œuvre. Au niveau régional, il convient d’exploiter pleinement les instruments européens tels que l’extension du mécanisme de compensation des coûts indirects des émissions et le Clean Industrial Deal State Aid Framework (CISAF). La Flandre et la Wallonie doivent, à cette fin, dégager des moyens supplémentaires, comme l’ont déjà annoncé plusieurs pays voisins. Ces mesures permettront d’apporter un soutien ciblé à l’industrie.

Yves Verschueren, administrateur délégué d’essenscia: « La chimie et la pharma belges sont à un tournant : après dix années de croissance, le secteur entre désormais en phase de contraction. Dans le même temps, nous constatons que les États-Unis captent les investissements et que la Chine perturbe les marchés mondiaux avec des surcapacités lourdement subventionnées. Nous ne pouvons pas abandonner des secteurs stratégiques comme la chimie et la pharmacie, car cela entraînerait des effets domino dans toute l’économie. Nous devons donc miser pleinement sur la croissance : un soutien renforcé à la recherche et au développement, des procédures de permis plus rapides, une réglementation moins contraignante et un climat d’investissement plus attractif, offrant à nouveau des perspectives aux entreprises. Il ne s’agit pas de protéger le passé, mais de rendre l’avenir possible. »

 

Source: Essenscia

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