Quand quelqu’un.e crée une entreprise, qui prend le soin de le/la prévenir que l’obstacle principal à la croissance et à l’épanouissement total, ce sera le facteur humain ? Devoir ralentir et revoir les ambitions à la baisse, c’est inconcevable pour un entrepreneur qui, par principe, doit refuser qu’il y ait une frontière entre son rêve et la réalité. Pourtant, lorsque vient le temps de la découverte de la complexité administrative, des coûts de personnel cachés, de la mauvaise foi et de l’ingratitude des collaborateurs insatisfaits, tout peut se briser…
Pour conserver l’énergie primale, il nous faut un modèle RH adapté, qui privilégie l’inspiration, refuse les concepts obscurs et permet à l’entrepreneur de conserver un cœur intact. Alors, on met quoi dedans ?
Ne pas pervertir l’ambition initiale pour que les valeurs restent décisives.
Nous sommes souvent frappés par la manière dont on approche l’entreprise quand il s’agit d’expliquer son fonctionnement et, la plupart du temps, ses travers. Systématiquement, nous semblons oublier qu’il y a toujours à l’origine les velléités d’une femme ou d’un homme qui a opté pour la création de sa boîte et décidé qu’elle/il n’avait pas besoin qu’on lui dise comment faire. Le moteur, c’est la liberté, à commencer par celle qui consiste à être soi-même en toutes circonstances.
Le premier ingrédient à retrouver dans une approche RH dédiée à l’entrepreneuriat, c’est donc la préservation à tout prix de l’ADN du/des fondateur(s). Car il y a forcément un modèle humain fondé sur des valeurs simples, telles que le plaisir, la générosité, la simplicité, l’intelligence… Et celui-ci va se pervertir au fil du temps et des déceptions.
Comment rester fidèle aux intentions de départ ? La réponse est dans la communication régulière, ce qui passe par un investissement sans faille dans la pédagogie de contexte: expliquer sans relâche pourquoi nous avons décidé de procéder comme ceci, et pas comme cela.
Maîtrise des risques et de la complexité
Autre paramètre qui rend la vie de l’entrepreneur intéressante : la gestion du risque. Il n’y a pas de croissance sans création d’un décalage, ce qu’on appelle la ‘disruption’ aujourd’hui. Et malgré tout le soin que nous pouvons y apporter, chaque nouveau recrutement comporte bien des risques qu’il faut pouvoir maîtriser.
Au fur et à mesure que les effectifs grandissent ou se transforment, les petits secrets de la gestion du payroll, du droit social, des relations collectives, etc… s’assimilent à autant de contrariétés pénibles ou à des frustrations majeures. Sous couvert du poids de la réglementation, tout devient lourd et les impasses sont nombreuses.
En aucun cas, ce ne peut être une fatalité. La réponse, c’est la data. La base d’un modèle RH adapté à l’entrepreneuriat repose sur la qualité des données RH disponibles : il s’agit sans aucun doute de la fondation pour des prises de décision rapides, pour une culture de l’anticipation et la parfaite maîtrise des coûts associés au développement de nos équipes.
Accepter le temps du changement en refusant les usines à gaz
Vient enfin la question de la vitesse et de l’agilité. Le changement, au même titre que la liberté et la prise de risque, est une pièce centrale du modèle de l’entrepreneur. L’immobilisme rime avec ennui dans le meilleur des cas. Cela correspond parfois à la disparition si nous n’y prenons garde. D’instinct, les vrais entrepreneurs ressentent cela. C’est pourquoi transformer l’organisation fait partie du quotidien. C’est la normalité. Et c’est aussi ce qui explique souvent la tristesse de l’entrepreneur face à des collègues et des équipes qui peinent à embarquer dans une dynamique de changement.
Or, un double effort permet de régler ce ‘problème’ récurrent. D’une part, il faut prévoir que chaque travailleur ait le temps et la possibilité de s’approprier le changement en passant par le ‘do it yourself’… Et d’autre part, il s’agit de fuir les systèmes complexes, épatants sur le plan intellectuel et impraticables lorsque la réalité du terrain vient les percuter de plein fouet.
Ainsi lorsque les conditions d’un modèle simple – construit sur le respect de l’ADN historique, sur des données fiables et sur du changement pragmatique – sont remplies, tout devient possible. Une fois encore.
Jean-Paul Erhard

Catégorie:
Tags: 

