Une question qui mérite d’être posée, une de plus : nos enfants sont-ils en train de devenir complètement idiots? Et dans la mesure où c’est l’environnement professionnel qui est au cœur de nos préoccupations, nos entreprises vont-elles pouvoir en tirer quelque chose ?
Au rythme où se détériorent les résultats comparatifs de nos petits étudiants, il y a de quoi être inquiet. Les bases de l’éducation sont en danger, les acquis fondamentaux ne sont plus garantis. Et la technologie semble jouer un rôle destructeur alors qu’elle pourrait être le remède à la plupart de nos maux en matière d’apprentissage. Ensuite, et puisque nous ne croyons pas plus que cela à la segmentation claire et nette entre les générations, osons nous poser la question de manière frontale… Sommes-nous, toutes générations confondues, en train de devenir complètement stupides?
La génération Bêta va prendre place sur les bancs de nos écoles maternelles. Elle n’entre pas encore dans les radars des recruteurs. Mais on nous annonce d’ores et déjà que son quotient professionnel sera un sacré problème.
Il faudra investir en formation initiale du côté de nos entreprises. Ce n’est pas nouveau ! Mais le fossé à combler sera plus impressionnant encore. Nos organisations évoluent rapidement sur le plan de l’innovation technologique bien sûr, mais aussi sur celui de l’agilité et de la flexibilité… Il est possible que le décalage entre les candidats à l’emploi et les besoins des entreprises soit abyssal. Pas irrémédiable… mais abyssal.
Le lien entre digital et bêtise ne va pas de soi
On évoque souvent les écrans, l’hyper-connexion et l’abrutissement des masses par des contenus douteux pour expliquer la perte des compétences de base qui constituent le socle commun. Cela ne va pourtant pas de soi.
La perte de sens critique est probable pour celles et ceux qui ont trouvé dans le recours systématique à l’IA la solution à tous leurs problèmes. Elle n’est pas ‘automatique’ cependant. L’utilisation des assistants numériques doit être maîtrisée car ces derniers n’ont pas d’états d’âme. Ils prennent la place que nous leur donnons, sans intention de limiter notre dépendance.
La protection de notre libre-arbitre nous appartient, tout comme l’exercice de notre créativité et le choix de nos valeurs et références. C’est un bien commun que nos parents, nos familles, nos amis, nos collègues doivent veiller à préserver.
Génération bête ou simplement démotivée, voire désenchantée ?
Le mot de passe de la génération qui entre sur le marché de travail : la flemme. Celle qui donne une impression de laisser-aller qui peut aisément être interprétée comme une absence de culture et d’intérêt pour ce qui dépasse les centres d’intérêt immédiats.
Voilà un danger beaucoup plus sérieux encore que celui incarné par l’omniprésence des agents numériques qui prennent notre travail et notre vie en charge.
Le désengagement est sans aucun doute le risque majeur auquel nos entreprises vont être confrontées à moyen et long terme. Non seulement parce qu’il représente un frein majeur vis-à-vis de la croissance. Mais aussi parce qu’il n’est pas le fruit de manquements sur le plan du management. Il est de plus en plus sociétal et doit être appréhendé à ce niveau, dans le cadre d’une démarche citoyenne très précoce.
Entrepreneurs et indépendants, par défaut.
Le cocktail est explosif… Disparition des compétences de base + Flemme généralisée + Délégation des tâches complexes à des agents numériques. Les conditions du vide intellectuel et, en conséquence, d’une incompatibilité dingue entre l’employeur et l’employé se mettent en place.
Le mouvement est déjà en marche. Il apparaît sous des formes diverses. L’augmentation continue du nombre de malades de longue durée. Les difficultés de rétention des nouveaux entrants sur le marché du travail. Le développement des statuts indépendants…
Intéressant d’ailleurs… Là où nous pensons parfois que l’esprit d’entreprise est en marche, nombre de néo-indépendants sont en réalité des travailleurs qui ne tolèrent plus les employeurs qui ne comprennent rien à leurs besoins personnels. Est-ce un moteur suffisant pour entreprendre? Non. Nous ne sommes pas si nombreux que cela à pouvoir supporter la charge mentale et physique qui va avec l’entrepreneuriat.
Nous pouvons compenser le déficit de compétences ‘classiques’ et d’énergie que nous constatons aujourd’hui et qui va s’intensifier. Comment? En cultivant auprès de nos petits chatons le courage d’affirmer des convictions fortes. En organisant la convivialité indispensable à notre bien-être commun. En apprenant à chacun.e l’empathie, cette faculté nécessaire de garder les yeux et le cœur ouverts sur le monde qui nous entoure.
Jean-Paul Erhard
* La Gen Bêta succède donc aux Baby-boomers (1946-1964), à la génération X (1965-1980), aux Millennials (ou génération Y, 1981-1996), à la génération Z (1997-2009), et donc à la génération Alpha (2010-2024).

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