Sommes-nous encore prêts à entendre la réponse à cette question basique: et vous, comment ça va? Lorsque la réponse est toujours positive et toujours souriante, cela devient suspect ! Il y a un côté un peu indécent à manifester son entrain et sa bonne humeur dans le contexte actuel. Et on le comprend. Les actualités qui tournent en boucle sont anxiogènes. Elles envahissent les pensées de bon nombre d’entre nous, sans répit véritable. Que voyons-nous du côté de nos collègues et de nos proches ? Les angoisses, les phobies et les addictions se développent à grande vitesse. Le temps présent est à la gravité et à la remise en question des quelques certitudes qu’il nous reste encore. Dans ce chaos généralisé, que penser de celles et ceux qui sourient et qui avancent malgré tout?
Afficher une détermination intacte et faire preuve d’un optimisme sans faille n’est pas un exploit. C’est un acte de résistance. Un message fort lancé à l’univers et, surtout, à celles et ceux qui nous font l’honneur de nous écouter et de nous suivre.
Comment réagir face aux peurs irrationnelles qui empêchent d’agir ?
Le nombre de travailleurs qui s’effondrent augmente chaque jour, et ce n’est pas parce que les générations actives sur le marché du travail sont de plus en plus fragiles. La tension est palpable, à chaque endroit et à chaque instant. Mais la nouveauté que nous pouvons observer, ce sont des collègues qui présentent des blocages physiques ou mentaux. Il peut y avoir ponctuellement l’un ou l’autre rejet pour des raisons liées aux convictions personnelles. Mais ce ne sont pas les cas les plus fréquents.
Nous avons souvent désormais des situations dans lesquelles les travailleurs ne peuvent tout simplement pas. Ce qui leur est demandé est juste au-dessus de leurs forces. Il n’y a souvent rien de rationnel. Face à une tâche, un défi ou une contrariété, nous assistons à ce que l’on appelle un refus d’obstacle. C’est la conséquence d’une société qui ne parvient pas à guérir les blessures tant celles-ci s’accumulent dans les cœurs et les corps, au fur et à mesure que les agressions se multiplient. Nous sommes désemparés. Sans autre réponse que l’indulgence, et la recherche de solutions alternatives pour que le travail soit exécuté par quelqu’un.e d’autre!
Le poids de l’inflation sur nos politiques de rémunération
L’autre volet sur lequel nous devons faire face à des angoisses terribles, c’est celui du pouvoir d’achat. Dans nos entreprises, nous avons tendance à sous-estimer l’impact de l’inflation sur le vécu quotidien des travailleurs. Nous avons souvent considéré cette question sous l’angle du sens au travail. Mais ce n’est pas nécessairement la bonne clé de lecture. La pression qui s’exerce sur le pouvoir d’achat des travailleurs ne porte pas sur la valeur immatérielle du travail. Elle touche à la pertinence économique de celui-ci : c’est le rapport entre l’effort consenti et la manière dont celui-ci est rémunéré qui est questionné. Et non la contribution ‘sociétale’ du travail.
Dirigeants d’entreprises et responsables RH doivent comprendre que la rémunération n’est pas un montant, un chiffre à comparer avec la norme du secteur ou du marché. Elle est uniquement le moyen d’atteindre ou de maintenir un niveau de vie conforme aux attentes de celle/celui qui la reçoit. Rien d’autre. Et lorsque ce niveau de vie n’est plus garanti, la relation de travail se détériore parce qu’elle ne remplit plus sa fonction nourricière.
Tenir et aider à tenir dans la durée
Il faut se faire une raison. Le cadre est abîmé et contraint. Nos entreprises n’échappent pas à la dureté du monde qui les entoure et les moyens y sont définitivement limités. Si toutes les parties concernées par la relation de travail peuvent s’entendre sur ce constat, nous pouvons avancer ensemble. Ce qui veut dire ? Travailler en essayant, jour après jour, de cultiver la positivité, le sérieux et la légèreté face aux événements, aux succès nombreux et à quelques échecs aussi.
E viva la revolucion
L’optimisme est en effet une révolution douce dans le contexte guerrier que nous connaissons. Peut-être même la seule approche fédératrice, celle qui permet à une organisation de ne pas être une aire de combat et d’affrontement permanent. Partant de là, le devoir de ‘coolitude’ à partager à tous les étages, en commençant au niveau du leadership, est ce qui permet d’emmener les équipes et de transformer les organisations malgré le chaos, les conflits et les intérêts particuliers. C’est une posture nécessaire. Indispensable même.
Jean-Paul Erhard

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