IA & recrutement en Belgique: le biais de genre reste sous-estimé.

En Belgique, 74% des recruteur·euse·s utilisent l’intelligence artificlelle (IA) dans au moins une étape du processus de sélection. Une étude réalisée à la demande de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes montre cependant que les profesionnel·le·s sont peu conscient·e·s des risques de biais de genre et de discrimination des outils d’IA.

L’étude menée par l’ULiège et l’Université de Hasselt révèle que les outils d’IA sont principalement mobilisés lors de la phase préparatoire (rédaction d’offres d’emploi, génération de questions d’entretien), ainsi que lors de la recherche de candidat·e·s, notamment via LinkedIn Recruiter. L’utilisation de l’IA reste plus limitée lors de la phase de sélection, où l’IA est utilisée pour l’analyse automatisée des CV ou l’évaluation des candidat·e·s.

Les biais de genre : un risque encore trop peu identifié

Bien que l’IA soit souvent considérée comme plus objective, l’étude montre que les recruteur·euse·s sont conscient·e·s de certains biais inhérents aux systèmes d’IA. Il s’agit notamment des biais liés à l’utilisation des réseaux sociaux, qui tendent à favoriser certains profils de candidat·e·s tout en en excluant d’autres. En revanche, le risque de biais de genre et de discrimination est rarement mentionné spontanément et seule une minorité des recruteur·euse·s déclare prendre des mesures actives pour y remédier.

« L’étude confirme un paradoxe : si l’IA peut contribuer à standardiser les processus de recrutement et à réduire l’impact de la subjectivité des recruteur·euse·s, rendant ainsi les procédures plus objectives, elle n’offre toutefois aucune garantie de neutralité. Sans vigilance, l’IA peut reproduire des stéréotypes et générer des discriminations, avec le risque de renforcer les inégalités existantes. Certain·e·s recruteur·euse·s en sont déjà conscient·e·s, mais cette prise de conscience doit devenir générale, tant au niveau politique et organisationnel qu’individuel », souligne Michel Pasteel, directeur de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

Des attentes positives, mais aussi des inquiétudes

La majorité des recruteur·euse·s (64 %) ont une perception positive de l’IA, principalement en raison des gains de temps et d’efficacité. Toutefois, des inquiétudes existent, notamment concernant le contact humain, la fiabilité des résultats et le risque de reproduction des préjugés existants.
Par ailleurs, seules 21 % des organisations ont pris des mesures en lien avec la législation sur l’IA. Pourtant, le règlement européen sur l’IA (AI Act) a classé les systèmes utilisés dans les processus de recrutement comme « haut risque », avec des exigences spécifiques à implémenter.

Recommandations pour une utilisation responsable

À la suite de cette étude, l’Institut a formulé un certain nombre de recommandations :

  • renforcer l’encadrement juridique, en préservant les dispositions originales du règlement européen sur l’IA (AI Act) et en analysant l’adéquation du cadre légal belge sur l’anti-discrimination dans le contexte du recrutement et du travail à l’ère de l’IA ;
  • accroitre les connaissances par des actions d’information et de formation à destination des développeurs, des employeurs et des professionnel·le·s du recrutement. Dans cette optique, l’Institut organisera en 2026 une journée d’étude et publiera une brochure destinée aux employeurs contenant des conseils pour une utilisation responsable de l’IA sur le lieu de travail.
  • encadrer les usages de l’IA au niveau organisationnel, notamment via des politiques internes ;
  • intégrer le principe d’« Equality by Design » dans le développement des systèmes d’IA.

Pour télécharger l’étude, cliquez ici.

Source: Institut pour l’égalité des femmes et des hommes

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