Éditorial – Le règne sans partage des ‘soft skills’ sur le marché du recrutement, un aveu d’impuissance?

La réalité de la plupart des processus de recrutement sont fondés aujourd’hui sur l’importance centrale accordée aux soft skills. Et d’entendre régulièrement que cela se justifie parce que les autres compétences, dites ‘techniques’ ou clairement liées au savoir-faire, sont considérées comme étant faciles à acquérir. Regardons la réalité en face : dans bien des cas, le focus sur les ‘soft skills’ est une forme de renoncement vis-à-vis de la connaissance réelle et du parcours d’apprentissage des travailleurs.

L’évaluation des compétences soft telles que la collaboration, la créativité ou la communication, est basée sur du déclaratif et quelques tests faciles à contourner. Recruter sur les ‘soft skills’ reste un pari Un saut dans l’inconnu. Car nous n’avons pas (encore) d’outil nous permettant de prédire quelle sera la réaction ‘chimique’ entre des travailleurs qui n’ont pas demandé d’être ensemble.

Apprentissage du rapport positif à l’autre : le parcours d’une vie

La formule générique qui consiste à promouvoir l’apprentissage tout au long de la vie n’aura jamais été aussi pertinente Les soft skills représentent un territoire à explorer en permanence. Celles-ci évoluent au fil des époques que nous traversons. Elles se transforment avec les cultures locales. En cela, le développement de ces compétences est un chantier qui ne se clôture jamais.

Il s’agit de réussir à s’inscrire dans un collectif, à y prendre une part active et à développer un rapport sain et ‘efficace’ avec celles et ceux qui nous entourent. Les variables sont tellement nombreuses. Les configurations sont multiples. Nous ne sommes, dans les faits, jamais totalement préparés à la façon dont nous allons vivre et travailler ensemble. Comment projeter dès lors le savoir-être d’un futur collaborateur au-travers de deux ou trois entretiens de recrutement? C’est un défi ou plus souvent encore, une pure illusion…

Tout se passe dans les interfaces…

Le niveau suivant de difficulté dans l’évaluation de ces foutues soft skills concerne la dimension collective. Les outils RH ne manquent pas. Descriptifs de fonction, objectifs individuels, formulaires d’évaluation, plans de carrière… et bien d’autres encore ! Mais aucun de ces outils, dans ce que nous avons pu observer sur le terrain, ne modélise les interfaces, çàd les interactions nécessaires entre collègues et entre les départements. Or, c’est précisément à ces endroits et ces moments qu’interviennent les compétences relationnelles qui nous préoccupent aujourd’hui.

Les soft skills sont mobilisées lorsque nous sommes appelés à interagir et rares sont les fonctions et missions pour lesquelles nous parvenons à déterminer toutes ces occurrences. Comment allons-nous répondre à l’absence de reconnaissance ? Comment faire face à la provocation ? Comment rester humble lorsque nous avons l’impression que nous venons de régner en maître absolu sur la réunion qui vient de se terminer? Nous n’en savons rien… Et pourtant, notre relation de travail est en jeu. C’est dans ces moments décisifs que ça passe ou ça casse.

Et malgré tout, l’enseignement n’intègre pas les soft skills dans ses programmes.

Le mystère principal réside dans la relative absence de ces compétences dans nos écoles, nos collèges et nos athénées… Elles figurent en creux dans les cursus de l’enseignement fondamental dont on peut se demander pourquoi il ne s’empare pas goulûment de la question.
Il y a bien sûr quelques exceptions. Des établissements isolés proposant d’autres approches pédagogiques se concentrent sur la collaboration et la réussite collective. Ils sont peu nombreux.
Peut-être notre société estime-t-elle qu’il appartient aux parents de transmettre ces compétences molles à leurs enfants… On peut rêver.

Les soft skills s’acquièrent essentiellement par la pratique et le développement personnel, et dans tous les cas, sur le temps long. Chaque jour, nous apprenons à composer avec de nouveaux collaborateurs, partenaires, clients,… C’est de cette manière que nous enrichissons notre portefeuille de compétences.
Aussi, recruter sur les soft skills pourrait n’être qu’un vœu pieux, voire un réel aveu d’impuissance. Reste à faire confiance à son intuition ainsi qu’à nos pairs, ce qui reste sans doute la meilleure option pour réduire le risque d’erreur de casting. Avec un regard à la fois lucide, collectif et optimiste, nous pouvons certainement détecter les imposteurs et donner leur chance à tous les autres.

Jean-Paul Erhard

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