Lorsque nous composons ou que nous revoyons les effectifs dans une entreprise, nous pensons aux profils, à leurs compétences et à leur niveau de performance. En arrière-plan, il y a toujours un principe acquis qui est de nature à nous rassurer : en mettant ensemble des gens intelligents qui présentent des aptitudes et des personnalités qui se complètent, cela va forcément fonctionner. Désolé. Cela ne ’marche’ comme cela.
Tout autour de nous, il y a pléthore d’organisations qui réunissent de (très) bons professionnels et qui pourtant ne délivrent pas les résultats attendus. Par quelle malédiction?
C’est parce que les résultats justement ne dépendent pas des individus qui sont chargés de la réaliser mais bien de la façon dont ils conçoivent et facilitent leurs relations d’interdépendance. Pourquoi et comment ? C’est ici et maintenant.
Ni un sprint, ni un marathon… La vie en entreprise, c’est une course relais.
Pour bien se comprendre, il faut définir la façon dont nous imaginons le fonctionnement idéal de notre entreprise. S’agit-il d’une course où chacun reste dans son couloir et vise à réaliser le meilleur temps? Est-il question d’une course de vitesse ou d’un effort long qui exige résilience et anticipation ? Ou voulons-nous plutôt que ce soit une course relais qui réunit les meilleurs athlètes qui se passeront le témoin dans une démarche collective? Nous plaidons bien sûr pour cette troisième option.
Coordination, timing, connection entre elles les performances individuelles… La comparaison est utile dans la mesure où elle nous permet de réaliser que c’est essentiellement une question de fluidité et d’interaction. D’ailleurs, les courses relais échouent toujours au moment où il faut se passer le témoin. C’est le moment décisif : celui où il faut s’effacer pour laisser la place à celle ou celui qui poursuit la course vers la ligne d’arrivée. La performance individuelle ne suffit pas. C’est dans les zones de transmission qu’on explose les records du monde, même si la puissance et la vitesse de chaque membre de l’équipe sont déterminantes. Important donc : lever la tête et être connecté les uns aux autres pour transmettre le relais de manière optimale.
Des technologies qui nous rapprochent ou nous éloignent les uns des autres ?
Autre élément-clé dans notre fonctionnement quotidien : la transformation numérique… Quel est donc l’effet à moyen et long terme des technologies sur notre rapport avec nos collègues et même avec nos proches? Il est quasiment ‘banal’ aujourd’hui d’entretenir des relations 100% virtuelles. Il y a tout simplement des gens avec qui nous collaborons sans jamais les avoir rencontrés dans la vie réelle… Ce n’est plus une situation exceptionnelle. Les relations à distance ont-elles un impact sur la qualité du travail collectif ?
Nous pensons qu’elles offrent l’avantage d’une meilleure accessibilité et donnent une belle sensation d’efficacité. Inconvénient cependant : nous ne pouvons que regretter le caractère superficiel des relations qui se tissent via ces formats d’échange. Nous sommes ensemble sans l’être vraiment. Il y a un partage rapide de l’information mais cela ne garantit pas la cohésion. L’expérience collective est superficielle et le manque de ‘vécu commun’ se traduit très souvent par une absence cruelle de solidarité. D’où l’importance de cultiver une approche hybride, alternant l’efficacité du numérique et la profondeur du présentiel.
Refuser la tentation de l’isolement qui nous guette, chaque jour davantage
Partageons enfin une inquiétude en guise de clôture de ce nouveau plaidoyer en faveur du collectif. Nous avons évoqué souvent les impacts – positifs et négatifs – de l’individualisation systématique de la relation de travail. Il s’agit sans aucun doute de la transformation la plus significative du monde du travail au cours de ces 20 dernières années, et elle se poursuit aujourd’hui encore.
Le risque bien présent aujourd’hui en est peut-être une conséquence directe. C’est le repli sur soi et l’isolement qui s’installent aujourd’hui dans le quotidien au boulot. Et c’est dangereux…
Doucement, nous avons cultivé l’illusion que l’on peut vivre et travailler solo, en parfaite autonomie, sans relation d’interdépendance avec des tiers qui ont naturellement d’autres agendas à satisfaire.
Et nous assistons souvent à des situations grotesques où les meilleurs équipiers prennent la décision, sur un simple coup de tête, de ne plus travailler ensemble, voire parfois même de se pourrir la vie.
Notre rôle est double lorsque cela se produit, alternant comme toujours entre l’ombre et la lumière.
Du côté obscur, il est toujours utile de rappeler que nul n’est indispensable et que l’isolement ne mène à rien de bon… Et du côté lumineux, insistons sans relâche sur ce principe simple : si les individus ne sont pas la clé du bon fonctionnement de nos sociétés et de nos entreprises, c’est parce que ce sont leurs relations et interdépendances qui déterminent la qualité et la réussite de tous nos projets. Conclusion? Être ensemble, toujours.
Jean-Paul Erhard

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