Réintégrer les malades de longue durée via le travail adapté? Un cap insurmontable pour plus de 40% des entreprises.

La politique de réintégration collective, qui décrit comment, en tant qu’organisation, prévenir l’absentéisme et aider les malades de longue durée à reprendre le travail, ne se met en place que difficilement. Seules 12% des entreprises en ont une à l’heure actuelle. C’est à peine plus qu’il y a deux ans. Quatre entreprises sur dix en Belgique (41%) indiquent même que le travail adapté n’est (presque) pas possible au sein de leur organisation.

Cela représente 6 points de pourcentage de plus qu’il y a deux ans. Ce sont surtout les petites PME qui rencontrent ce défi. Tout cela ressort de l’enquête bisannuelle sur l’absentéisme menée par Mensura, le plus grand service de bien-être et de prévention du pays. « Les entreprises ont du mal à mettre en pratique la complexité de la législation relative aux malades de longue durée », explique Bart Teuwen, expert en absentéisme chez Mensura.

D’après les chiffres les plus récents, notre pays compte 585.000 malades de longue durée. Afin d’enrayer cette tendance, le gouvernement a, depuis le début de cette année, rendu les règles en matière de réintégration moins facultatives. Ainsi, il convient d’évaluer le potentiel de travail des travailleurs qui sont en incapacité de travail ininterrompue depuis le 1er janvier de cette année. Si le travailleur a encore un potentiel de travail, l’employeur met en place, dans un délai de six mois, un trajet de réintégration professionnelle, dans le cadre duquel un travail adapté peut éventuellement être proposé.

Mais environ quatre entreprises sur dix (41%) affirment qu’il n’est pas ou guère possible de proposer un travail adapté. Cela s’avère particulièrement difficile pour les petites organisations. Ainsi, 44% des petites PME comptant moins de 10 salariés indiquent que cela n’est (presque) jamais possible au sein de leur organisation. À titre de comparaison : dans les grandes entreprises comptant plus de 500 salariés, ce chiffre tombe à 9%.

« Les trois quarts des entreprises qui ne sont pas en mesure de proposer un travail adapté invoquent la nature même de leur organisation comme raison principale. Dans le même temps, la Belgique est et reste un pays de PME. Les PME ont moins de possibilités d’adapter le travail pour un travailleur qui revient après une longue période de maladie. Dans de nombreux cas, les horaires adaptés sont également moins évidents à mettre en place. Pour ces organisations, l’essentiel est de miser avant tout sur la prévention. Et de considérer la voie de la réintégration externe – la reprise du travail chez un autre employeur – comme une solution importante. » explique Bart Teuwen, expert en absentéisme chez Mensura

Trop complexe

À peine 12% des entreprises disposent aujourd’hui d’une politique de réintégration collective formelle. Il ne s’agit là que d’une avancée limitée par rapport à 2024, année où 7% d’entre elles avaient élaboré une telle politique. Pourtant, une politique de réintégration collective est obligatoire pour toutes les entreprises depuis fin 2022.

« Dans la grande majorité de ces organisations, il n’y a pas de mauvaise intention. Elles indiquent que la multitude d’obligations et de règles est complexe. Elles ne s’y retrouvent plus. Une entreprise sur cinq déclare ne pas disposer des connaissances nécessaires ou ne pas avoir le temps de s’y consacrer. Et le fossé des connaissances va bien au-delà de ce qu’impose la loi. Ainsi, de nombreuses entreprises ignorent qu’elles peuvent bénéficier d’une aide financière par le biais du fonds Retour au travail lorsqu’elles accompagnent des malades de longue durée dans leur retour sur le marché du travail. Il est tout à fait justifié que les pouvoirs publics rendent la réintégration moins facultative. Mais malgré toutes les bonnes intentions, en tant que non-spécialiste, on se perd rapidement dans le système actuel. En ce qui concerne les mesures qui sont encore en cours d’élaboration, j’appelle à réduire le plus possible la charge administrative. Il faut mettre l’accent sur la prévention, sur les contacts et sur l’impact des mesures. Pas sur la conformité », indique Bart Teuwen de Mensura

 

Source: ces résultats sont issus de la grande enquête sur l’absentéisme menée par le cabinet d’études Indiville pour le compte de Mensura auprès de 503 entreprises. Le questionnaire a été rempli par des personnes responsables ou impliquées, au sein d’entreprises, dans la politique RH, la politique en matière d’absentéisme ou la gestion du personnel. Les données ont été pondérées afin d’être représentatives de la Belgique, par région et par taille d’entreprise.

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