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Carte blanche – La véritable mesure du chômage n’est pas le taux de chômage.

La crise Covid a tout bouleversé, même le marché de l’emploi et en particulier aux Etats-Unis. Elle a en effet entrainé la désaffection dans certains secteurs (horeca, hôpitaux, …), des départs à la retraite plus rapides, des contraintes qui ont empêché le retour sur le marché de l’emploi. Bref, une véritable distorsion de ce marché qui a pour conséquence de rendre obsolète le taux de chômage pour mesurer le chômage. C’était déjà le cas avant, mais c’est encore plus criant maintenant et il faut donc désormais se référer au taux de participation ou taux d’emploi.

Le taux d’emploi (ou taux de participation) mesure l’utilisation des ressources de main-d’œuvre disponibles. Il est calculé en divisant le nombre d’actifs occupés par la population en âge de travailler. Les actifs occupés sont les personnes de 15 ans et plus qui, durant la semaine de référence, déclarent avoir effectué un travail rémunéré pendant une heure au moins ou avoir occupé un emploi dont elles étaient temporairement absentes. On considère comme étant en âge de travailler les personnes âgées de 15 à 64 ans, selon la définition de l’OCDE.

Des éléments de comparaison

L’avantage de cet instrument de mesure est que l’on peut alors faire des comparaisons dans le temps et d’un pays à l’autre, ce qui donne une meilleure mesure de la situation spécifique de chacun d’entre eux.

Selon les derniers chiffres publiés pour la zone OCDE au deuxième trimestre 2021, ce dernier se situe à 67.4% contre 66.9% au deuxième trimestre, marquant ainsi une nette amélioration du marché de l’emploi. Pour la zone euro, on est passés de 67% à 67.6%, avec de grandes disparités (56.4% pour la Grèce, 75.9% pour l’Allemagne et 65% pour la Belgique). Pour le Royaume-Uni, nous sommes passés de 74.7% à 75.1%, alors qu’il a diminué à 78.6% contre 79.2% en Suisse.

Si on prend les chiffres en les comparant par rapport à la situation d’avant la crise Covid, pour le Japon, on se situe à 77.7% soit 0.3% en dessous du niveau du dernier trimestre 2019, pour l’Australie à 75.3%, soit 1% au-dessus et pour les Etats-Unis à 68.9% soit 2.7% en-dessous.

Mais c’est là que cela se complique car tout le monde n’utilise pas le même taux de référence et quand on parle de taux d’emploi aux Etats-Unis, il est couramment fait référence à la proportion de la population civile âgée de 16 ans et plus qui a un emploi, ce qui va donc aller allègrement au-delà des 64 ans. C’est évidemment une différence de taille car ce taux se situe actuellement à 61.6% en octobre 2021 contre un niveau de 63.4% en janvier 2020, et ce niveau n’a plus bougé ces derniers mois.

Les constats d’un bouleversement

Cet indicateur met en évidence plusieurs bouleversements majeurs provoqués par la crise Covid. Premier constat, combien de personnes n’ont pas pu travailler à cause de la situation sanitaire actuelle. Selon les derniers chiffres, environ 3.8 millions de personnes sont dans le cas en octobre contre 5 millions le mois passé. Deuxième constat, selon la Fed de Kansas City, les rangs des retraités ont augmenté de 3.6 millions entre février 2020 et juin 2021, ce qui est supérieur aux 1.5 million de départs à la retraite auxquels on aurait pu s’attendre selon la tendance des départs à la retraite avant la pandémie. Troisième constat, le retour des femmes sur le marché de l’emploi est beaucoup plus lent qu’attendu, pour un certain nombres de raisons.

Il ressort aussi que l’épargne accumulée, parce que les consommateurs ont réduit leurs dépenses, ont reçu des chèques de relance et ont bénéficié d’une pause fédérale sur les paiements de prêts étudiants et hypothécaires, n’incite pas au retour sur le marché de l’emploi. En n’oubliant pas ceux qui ont décidé de créer leur propre activité.

Et pour finir, à cause de la pandémie et des mesures prises par l’administration Trump, l’immigration a diminué ce qui réduit la population en âge de travailler.

Force est donc de constater que prendre uniquement en compte le taux de chômage qui diminue depuis la fin du confinement pour tenter d’appréhender l’évolution du marché de l’emploi aux Etats-Unis n’est vraiment pas l’outil adéquat. Et même si le taux d’emploi ne permet pas de répondre à toutes les interrogations, il permet d’affiner l’analyse et de tenter de discerner les causes des distorsions que nous observons depuis la crise.

Bernard Keppenne, Chief Economist CBC Banque

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