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Le congrès annuel de la CSC se clôture sur les défis de la transformation digitale et sur l’augmentation des rémunérations.

Les instances de la CSC ont tenu leur congrès annuel au cours du weekend passé. Le syndicat chrétien pose un regard à la fois inquiet et déterminé sur l’évolution du monde du travail. Que retenir du discours de clôture du président de la CSC, Marc Leemans? Tentative de synthèse et de mise en évidence des principaux thèmes de concertation à anticiper pour nos entreprises.

Le thème générique du congrès de la CSC en 2019? La transition… avec une volonté réelle de regarder vers l’avenir et de jouer un rôle actif dans la définition du futur du travail. Parmi les revendications phares du syndicat et de son président, retenons ce qui suit:

1. L’humain n’est pas au service de la technologie, au contraire, c’est la technologie qui est au service de l’être humain! « Les choix technologiques sont des choix de société. Tout comme la technologie doit faire l’objet d’une concertation. Les pouvoirs publics doivent cesser de financer les évolutions technologiques pour ensuite permettre que les entreprises commercialisent ces évolutions dans leur propre intérêt. Le soutien à la recherche et au développement, doit être assorti de conditions claires sur le plan légal: notre société et notre économie doivent en récolter les fruits. Ce n’est pas la technologie qui pose problème en soi, mais la répartition des gains!
Or, les mécanismes de redistribution sont démantelés partout dans le monde.
En effet, les syndicats, garants de la redistribution, sont constamment attaqués sur leur droit à la concertation sociale. Voilà pourquoi il est capital de préserver ces mécanismes de redistribution, mais aussi de les renforcer. Il n’est pas normal qu’un bénéfice de plusieurs milliards, réalisé en une nanoseconde grâce à la spéculation boursière, échappe encore et toujours à l’impôt alors que l’on surtaxe un revenu ordinaire gagné à la sueur de son front tout au long de la carrière. Un euro, quelle que soit la façon dont vous le gagnez, doit être imposé de la même façon. »

2. Une approche positive de la technologie est possible ! « Car celle-ci offre des possibilités pour améliorer la qualité du travail. En allégeant le travail ou en le rendant plus sûr. En travaillant moins ou autrement. Mais la loi sur la norme salariale rend impossible une réduction de la durée du travail avec maintien du salaire. Cette loi doit être abrogée! Evidemment, la transition aura également un impact négatif sur les emplois dans les entreprises. Nous disposons déjà d’un cadre pour les restructurations. Le meilleur au monde, selon les employeurs. En fait, ils veulent dire que pour eux, il pourrait être un peu moins restrictif. Pour la CSC, il faudrait qu’il le soit davantage. Les entreprises doivent investir de manière proactive dans la formation tout au long de la vie, précisément pour empêcher les licenciements. Ces investissements, elles ne les consentiront jamais de leur propre initiative. Par conséquent, nous réclamons pour 2020 un droit à 5 jours de formation pour chaque travailleur. Pour tout le monde et partout, donc y compris dans les PME. »

3. Attention, le progrès peut être synonyme de régression. « Sous prétexte que «personne ne doit entraver l’innovation», ici en Belgique, les plateformes numériques telles qu’Uber et Deliveroo ont reçu ce qu’elles ont voulu comme un «duty free»: elles ne paient ni impôts ni cotisations. Elles ne contribuent aucunement à la protection des travailleurs et à la sécurité sociale. Nous voulons également que les travailleurs des plateformes soient couverts par une assurance accident du travail et des règles en matière de durée du travail, d’horaire de travail et de sécurité et santé et ils doivent recevoir un salaire au moins égal au salaire minimum. Mais nous devons également mettre un terme à toute forme de flexibilité excessive. Des contrats ultra précaires plongent les travailleurs dans une grande insécurité. Les entreprises qui travaillent malgré tout avec ce type de contrat doivent en subir les conséquences: une augmentation des cotisations doit rendre ces contrats plus onéreux. »

4. Pour une défense ferme du respect de la vie privée. « Le patron ne doit pas tout savoir! Nous sommes maintenant conscients des risques et nous avons recommencé à préserver un peu plus notre vie privée. Alors que les employeurs sont avides de «scanner» les travailleurs au moyen des dernières technologies. Le droit à la vie privée ne doit pas cesser lorsque vous cherchez un emploi ou que vous pénétrez sur votre lieu de travail. C’est un droit humain et les entreprises doivent s’y conformer. Toute personne qui travaille ou postule à un emploi doit avoir le droit absolu de consulter et de corriger toutes les données personnelles détenues par l’entreprise. Dossiers du personnel, évaluations, prestations, résultats de tests,… »

Le syndicat chrétien plaide enfin pour un autre modèle de croissance. « L’ancien modèle de croissance nuit fortement à la qualité du travail, à l’intégration des plus vulnérables, au climat ainsi qu’à l’environnement. Nous devons donc développer notre monde autrement. Même l’OCDE le reconnaît aujourd’hui. Cela exige des instruments pour mesurer différemment la croissance et le niveau de civilisation d’un pays. Cela nécessite un changement des rapports de force. L’économie doit se défaire de la spéculation boursière des actionnaires. Nous devons remettre notre monde entre des mains responsables. Reprendre le contrôle! C’est ce que nous défendons. C’est le sens de notre combat. A court terme, nous serons confrontés à des défis de taille. »

Il pointe encore l’échec patent de la classe politique dans l’appréhension de ces défis. « Les politiques échouent dans la lutte contre le changement climatique et dans la réalisation des objectifs de développement durable. Et, pire que tout, le mécontentement social ne fait que croître. Les citoyens ordinaires en ont assez. Ils ne se sentent pas respectés. Ils voient que les inégalités de traitement augmentent. Ces inégalités résultent de la politique que les précédents partis au pouvoir auraient souhaité poursuivre. Beaucoup de travailleurs ont le sentiment d’être abandonnés à leur sort, que l’on ne s’intéresse guère à eux et qu’on leur manque de respect. Trop ont le sentiment que le monde politique obéit surtout aux ordres des lobbys économiques et financiers. Voilà ce que des citoyens ordinaires dénoncent dans l’isoloir. C’est ce qu’ils revendiquent. Du respect pour leur travail. Du respect pour la contribution qu’ils apportent au bien-être collectif. De la compréhension pour les difficultés qu’ils rencontrent dans leur vie. De l’attention pour ce qu’ils ont à dire. Et c’est cette attention, cette compréhension et ce respect que la CSC continuera de défendre. »

5. L’urgence d’une rémunération minimum nettement supérieure. « Le changement par le respect de la juste rémunération des personnes qui travaillent dur. Le salaire minimum doit être relevé d’urgence. Nous nous sommes mis d’accord sur ce point dans le cadre du projet d’AIP. La CSC a approuvé ce projet, qui a ensuite été adopté par tous les partenaires sociaux au CNT. Cet accord prévoyait déjà une première augmentation de 1,1% au 1er juillet de cette année. Et pour le 30 septembre, nous devions nous concerter au CNT sur une deuxième augmentation substantielle. Depuis, la première augmentation a été bloquée. Par conséquent, les bénéficiaires du salaire minimum perdent 17,5 euros par mois. Dans l’intervalle, ce montant représente déjà 70 euros, ce qui a déjà fait économiser aux employeurs plus de 16 millions d’euros. La CSC veut une augmentation plus importante pour les salaires les plus bas. Mais elle ne comprend pas qu’on laisse passer une première augmentation. Cette perte n’est ni justifiable ni acceptable. 
Ce scénario n’est pas naïf du tout. Nous pensons vraiment qu’il est possible de construire une société meilleure, ouverte, sereine, inclusive, pacifique, où ce ne serait pas chacun pour soi, et Dieu pour tous. Nous préférons prendre en main la solidarité, ici dans ce monde et dans cette vie.
Nous demandons le respect pour ceux qui, chaque jour, s’investissent dans les services collectifs, que ce soit dans le non-marchand, dans le secteur public ou dans l’enseignement. Souvent, la force d’une société ne se mesure qu’à la manière dont elle s’organise collectivement. C’est la seule façon d’édifier un socle, des infrastructures, des fondements communs… Non pas en choisissant la voie du mercantilisme et de la privatisation. L’obsession d’un Etat «plus maigre» est souvent synonyme d’obésité pour les entreprises. »

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