Brutal, violent et (très) inquiétant. C’est notre monde, que cela nous plaise ou pas. Dans les actes quotidiens, dans nos relations, dans les mots que nous échangeons, la brutalité est inscrite au programme. Elle alimente le buzz permanent. Elle entretient les sentiments d’insécurité et de méfiance qui rôdent. Sale ambiance.
Les ouvrages consacrés au leadership et bon nombre de coachs invitent les dirigeants et managers à y répondre en veillant au maintien d’une culture d’entreprise fondée sur la bienveillance. Cela n’est pas suffisant… Chaque organisation a aujourd’hui le choix quant à proposer un cadre de travail qui permet de vivre et de travailler malgré les menaces extérieures. C’est une démarche systématique qui va s’inscrire dans son ADN et qui, en résumé, vise à toujours venir en aide à celles et ceux qui en expriment le besoin, ET à sanctionner justement les autres qui importent la violence sous quelque forme que ce soit dans les murs de l’entreprise.
La question de cette semaine donc : quelles conditions faut-il remplir pour réussir à installer durablement votre propre culture, celle qui vous évitera de céder à la sauvagerie ambiante?
La sphère professionnelle comme refuge?
Il a fallu du temps pour accepter que l’entreprise puisse être un endroit qui nous permet de rester debout lorsque ça souffle fort tout autour de nous. Le temps de réaliser que la sphère privée est très souvent déterminante dans le déclenchement des cas d’épuisement. Le temps d’accepter aussi que l’entreprise cocon n’est pas un concept new age mais plutôt un choix managérial qui vient en soutien d’une logique de performance.
Souvent, nous pensons que la proximité et le principe du ‘care’ se retrouve principalement dans les petites organisations. Ce n’est pas une question de taille. Ce dont il est question ici, ce sont des choix quotidiens et récurrents quant à la manière de nous comporter les uns vis-à-vis des autres.
Il s’agit de s’astreindre à une discipline – et de nous renvoyer gentiment à l’édito de la semaine dernière pour les distrait.e.s – dès qu’il s’agit de nos relations humaines, dans nos vies quotidiennes comme au travail. Cultiver une attitude respectueuse et aimante dans toutes les circonstances est un choix réfléchi, indispensable pour compenser les instincts primaires qui se réveillent chez nombre d’entre nous.
Apprendre à tenir bon même si nous sommes souvent au bord des larmes.
La culture peut donc être un rempart… Ou un amplificateur dans certains cas. Ne soyons pas angéliques ! Les environnements toxiques existent. Hypocrisie, mensonges, cynisme, dénigrement… C’est une réalité que certain.e.s d’entre nous ont déjà dû subir.
Difficile de résister, notamment pour nos petits chatons de la génération Z annoncée comme étant hypersensible et mal préparée à la souffrance alors que leurs parents étaient quant à eux solides et armés pour faire face aux pires moments de l’histoire… Ceci est évidemment faux!
Au contraire, nous venons de connaître la fin d’une période dorée, placée sous le signe de la paix et de la croissance. Un cycle placé sous le signe de la jouissance pleine et entière. Désormais, c’est de survie dans des environnements contraints dont il est question. Et c’est pour cette simple raison que nous avons une double responsabilité : offrir un cadre de travail où la violence n’a pas sa place et prendre notre part sans hésitation lorsque nous avons la possibilité d’améliorer le vécu quotidien de chaque collègue.
La voie de la transparence, la seule et l’unique.
Que pouvons-nous opposer à la loi du plus fort, puisque celle-ci est de nouveau en vigueur?
Les réponses romantiques (câlinothérapie, bisous et autres papouilles) ne suffisent pas. L’affrontement et le recours à la force génèrent trop de victimes collatérales. Parmi les autres options, nous voulons promouvoir celle de la transparence.
La culture de l’entreprise peut en effet fonctionner comme un rempart si et seulement si elle trouve ses racines dans la sincérité. Son rôle n’est pas de protéger ses travailleurs contre les agressions du monde extérieur en les gardant jalousement dans une bulle de soi-disant bienveillance. Regardons plus loin… Elle peut en effet éduquer et équiper ses travailleurs à force de compétences rares et de relations précieuses. Et démontrer, dans son fonctionnement quotidien, l’intérêt qu’il peut y avoir à multiplier les actes de courage et de générosité. Simplissime.
Jean-Paul Erhard

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