Réforme du travail étudiant : les jobistes restent indifférents à la mesure des 650 heures.

Le plafond annuel d’heures de travail étudiant autorisé a été relevé l’an dernier à 650. Bien que trois quarts des étudiants interrogés soient au courant de cette nouvelle réglementation, cela ne se traduit pas directement par un accroissement du nombre d’heures de travail prestées. On observe même un renversement de tendance frappant : au cours de l’année écoulée, les étudiants ont travaillé en moyenne 9 jours de moins que l’année précédente, soit 64 jours au lieu de 73.

L’augmentation du quota d’heures de travail étudiant à 650 heures par an n’a pratiquement aucun impact. Ce constat, qui avait déjà été émis par le Bureau Fédéral du Plan, se trouve à présent confirmé par la nouvelle étude de Randstad sur les étudiants.

Si trois quarts des étudiants (75%) ont parfaitement connaissance du nouveau plafond de 650 heures, une majorité notable de 63% indique ne pas avoir la moindre intention d’augmenter ses heures de travail pour autant. Une proportion qui a doublé depuis l’an dernier, lorsqu’ils étaient encore 31% à déclarer ne pas vouloir travailler davantage.

Cela se reflète également dans le travail effectivement presté : les étudiants indiquent travailler en moyenne 64 jours par an, contre 73 l’année précédente. La médiane a baissé de 10 jours par rapport à l’année précédente pour s’établir à 40 jours. Même l’augmentation des plafonds fiscaux laisse les étudiants de marbre : près de trois quarts d’entre eux (73%) ne s’inquiètent pas de dépasser le plafond de revenus leur permettant de rester fiscalement à charge de leurs parents.

« Les pouvoirs publics ont ouvert grand la porte aux 650 heures, mais les étudiants ne s’y engouffrent pas pour l’instant. La flexibilité de la législation amène certes davantage d’étudiants à travailler à temps partiel et à répartir leurs heures de travail sur l’année, mais il semble que le volume total des heures par étudiant n’augmente pas. Preuve que de nombreux étudiants semblent avoir atteint la limite de ce qui est compatible avec les études », conclut Aline Bernard, porte-parole de Randstad.

Mentalité « always-on »

Les étudiants ne travaillent peut-être pas beaucoup plus d’heures au total, mais ils sont en revanche plus nombreux à répartir leur travail sur l’ensemble de l’année. Cette mentalité « always-on » a pour effet d’estomper les frontières : aujourd’hui, près d’un étudiant jobiste sur trois (32%) indique continuer régulièrement à travailler pendant le blocus ou la période des examens. Il n’est donc pas étonnant qu’un nombre presque identique de jeunes (30%) déclarent que le travail étudiant influence négativement leurs performances aux études.

Mais il est un autre facteur qui inquiète davantage encore : le rôle des employeurs sur le marché du travail tendu que nous connaissons actuellement. Ceux-ci n’hésitent pas à extraire activement les étudiants de l’auditoire ou du local de classe. Plus de la moitié des étudiants jobistes (55%) ont été explicitement invités par un employeur à venir travailler pendant les heures de cours. Lorsque les jeunes accèdent à cette demande, les trois quarts (75%) se voient contraints de manquer effectivement les cours. Pas moins de 21% des répondants vont ainsi jusqu’à sécher les cours plusieurs fois par semaine pour aller travailler.

Le salaire immédiat privilégié au détriment de l’expérience en lien avec les études.

Le motif qui pousse les étudiants à travailler est clairement financier : la moitié des répondants ont accepté un job dans le seul et unique but de faire face à la hausse du coût de la vie. Rien de surprenant donc à ce que le salaire constitue la priorité absolue dans le choix d’un emploi, « l’acquisition d’une expérience » n’arrivant quant à elle qu’en cinquième position. Si cet argent sert assez peu à soutenir le budget familial ou les frais scolaires (seuls 8% des revenus y sont consacrés), il permet avant tout au jeune Belge de couvrir ses dépenses personnelles et ses loisirs, eux aussi frappés par l’inflation.

Cette nécessité de s’assurer un revenu à court terme a toutefois un impact sur la vision à long terme de leur jeune carrière. Le critère salarial prenant le dessus, seule une petite moitié des étudiants (49%) opte encore pour un job en lien avec son cursus. Un chiffre en recul par rapport à l’an dernier (54%).

« En choisissant uniquement l’option la mieux rémunérée, les étudiants passent à côté d’opportunités cruciales d’acquérir, grâce à leur job d’étudiant, une expertise utile pour leur avenir. Ils se privent ainsi d’un atout important qui pourrait leur offrir plus tard, après leurs études, un sérieux avantage sur le marché du travail », conclut Aline Bernard.

 

Source: 23e étude annuelle sur le travail étudiant, une enquête à grande échelle menée par le prestataire de services RH Randstad auprès de 1.000 étudiants. 

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