Éditorial – Inconfortable et absurde… La présence dans nos espaces de bureaux a besoin d’une nouvelle approche.

Il y a quelques mois déjà, nous avons exprimé notre incompréhension : la présence au bureau redevient obligatoire au sein des entreprises qui éprouvent le besoin de resserrer les rangs et de retisser des liens sociaux perdus avec le temps. Et de revoir les dispositifs d’application en matière de télétravail et de limiter l’accès aux formules flexibles.
Ce n’est certainement pas la tendance la plus ‘intelligente’ à laquelle nous ayons assisté au cours de ces dernières années. En effet, l’instabilité de nos vies privées exige que la sphère professionnelle intègre totalement la flexibilité. Et par ailleurs, si les standards les plus récents ne sont pas rencontrés en matière de confort, de technologie et d’alternance entre travail et respiration, l’expérience devient rapidement catastrophique. Bye bye la motivation, la loyauté et la performance! Notre question pour cette semaine donc : comment ramener les employeurs ‘coercitifs’ à la raison ?

Travail hybride parfois simplement impossible

Commençons par accepter que les conditions de travail ne sont pas toujours optimales pour que les travailleurs puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. A l’ère du travail hybride, il arrive souvent que la présence dans l’entreprise soit elle-même source d’inefficacité. Impossible de s’y concentrer. Compliqué de s’y réunir. Accessibilité merdique… Faut-il s’obstiner à obliger les collègues à se déplacer lorsque les conditions ne sont pas réunies?
La réponse est évidemment non. D’où vient cette absurdité qui consiste à imposer une présence physique manifestement contre-productive. Elle provient souvent d’une crainte – plus ou moins légitime – du côté du leadership. Celui-ci redoute la politique du fait accompli et de la dérive. Il anticipe les pratiques exceptionnelles qui s’installent dans la répétition et les effets secondaires au sein du collectif. Le management adaptatif est pourtant indispensable. La flexibilité nécessaire pour les travailleurs s’accompagne d’une grande flexibilité managériale. Le management n’est plus aujourd’hui le garant du règlement. Il est celui qui ouvre les espaces de créativité et permet l’interprétation des règles pour que l’organisation puisse bouger lorsque ses travailleurs et ses équipes en ont clairement besoin.

Comment gérer des enfants gâtés…

Les travailleurs qui ont connu une flexibilité optimale – le cas pour l’immense majorité des employés pendant la période prolongée du covid – ne peuvent imaginer un retour en arrière.
Aussi, nos entreprises doivent faire face à des comportements d’enfants gâtés et s’accommoder parfois de caprices de stars qui ne manquent pas de nous surprendre. Et nous comprenons qu’il est parfois piquant d’entendre des collaborateurs ‘refuser’ d’exécuter leur contrat de travail qui prévoit de venir pointer le nez au bureau, jour après jour.

L’autre souci concerne la disparité des situations au sein des effectifs… Qu’en pensent en effet les équipes qui travaillent dans les zones de production physique, qui ne sont pas (encore) concernées par les possibilités de travail à distance ?

Une bonne manière de gérer ces problèmes de luxe consiste à rappeler sans relâche la valeur que représente la liberté (surtout lorsqu’elle est assortie de la sécurité d’emploi incarnée par un CDI et une rémunération garantie. Et cette valeur doit être compensée par de la performance. Lorsque celle-ci est au rendez-vous, tout le monde gagne. Lorsqu’elle n’est pas là, on se sépare.

Une nouvelle nécessité : organiser la convivialité

La vocation première de nos lieux de travail consiste désormais à donner à chacune et chacun de nos collaborateurs la possibilité d’être ensemble, afin de démontrer la beauté et la puissance du collectif, bien sûr. La langue anglaise dispose d’un mot parfait pour cerner l’objectif : ‘togetherness’.
Nous devons avoir recours à plusieurs mots en français pour y correspondre de façon imparfaite : collaboration, proximité, convivialité, cohésion, collectif… Être ensemble n’est plus l’instinct premier pour bon nombre de travailleurs. Nous avons un rôle à jouer sur le plan organisationnel comme sur celui du management pour aller contre les instincts qui tendent actuellement vers l’isolement

Il y a une attente ‘nouvelle’ qui consiste à organiser la collaboration et la convivialité, pour laquelle nous devons équiper les leaders et managers. Il faut stimuler et divertir. Participer à des moments uniques, qui créent de la valeur. Nos entreprises doivent être des lieux de vie et cela ne se limite évidemment pas à la conception et à l’aménagement des espaces de travail. Il s’agit d’y injecter des émotions positives qui nourrissent les cœurs et les esprits.

Jean-Paul Erhard

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