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Peoplesphere

Distanciation sociale et solidarité, une équation impossible? (N’oublions pas de travailler malgré la crise).

Cette crise est, sans surprise, parfaitement à l’image de notre société: hyper paradoxale. Le seul remède identifié aujourd’hui consiste à s’éloigner les uns des autres et à faire preuve d’une attention exceptionnelle à la santé et au bien-être d’autrui. Cette injonction contradictoire de type ‘si tu m’aimes, tiens toi loin de moi’ exige de nous une grande maturité et une capacité à renoncer aux plaisirs immédiats, à commencer par celui d’être ensemble. Allons-nous réussir à adopter les bons comportements? Et à préparer le ‘retour à la normale’?

Les premiers constats ne sont pas vraiment enthousiasmants… La manière dont nous nous comportons pour nous jeter sur la nourriture et les produits d’hygiène à de simples fins de stockage – si cela n’était pas risible – atteste de la prédominance du réflexe de survie et de l’égoïsme terrible qui nous caractérisent.
Et pendant ce temps, l’appel est général pour que nous prenions les mesures nécessaires afin de protéger la santé des gens qui nous entourent.

Bien sûr, la situation présente son lot d’opportunités: accélération du télétravail et de la transformation technologique de l’entreprise, investissement possible en matière de formation et de développement personnel, diminution du nombre de réunions manifestement inutiles… Tout ceci nous permet de réfléchir sur l’évolution du monde du travail, trop lente aux goûts de certains, souvent désincarnée selon les autres.

Mais soyons honnêtes: le ralentissement contraint de l’activité économique va amener un nombre significatif d’entre nous à ‘oublier’ de travailler. C’est inévitable. Notre attention est focalisée sur nos familles que nous retrouvons dans le quotidien. Elle est accaparée aussi par l’anxiété générale.
Arrêtons donc de nous réjouir de la généralisation du travail à distance et de la puissance technologique qui la soutient. Ce n’est qu’une formule de remplacement dont nous devrons constater qu’elle permet de limiter les dégâts. Ces formules de collaboration à distance font partie d’un arsenal de moyens que nous devons utiliser aujourd’hui. Elles sont importantes et bénéfiques. Elles comportent toutefois leur part de risques (celui de la sécurité informatique entre autres). Au final, elles ne sont pas une alternative complète susceptible de garantir le bon fonctionnement de nos entreprises.

Une guerre économique en préparation.

Les dégâts que nous évoquions ci-dessus, il y en aura. Beaucoup. Et ils seront lourds à supporter. Cependant, la résilience des travailleurs et des organisations qui les abritent est souvent impressionnante. Donc, à l’évidence, nous allons nous relever. Mais le prix à payer sera élevé.
Après la guerre sanitaire viendra le temps de la guerre économique à laquelle seront confrontées des entreprises durement marquées par cette période d’angoisse, de gel des initiatives et de repli sur soi. Nous le savons déjà: il n’y aura pas de la place pour tout le monde. Des emplois seront perdus. Des entreprises vont disparaître. Il faudra alors lancer de nouveaux appels à la solidarité alors que nous aurons déjà payé un lourd tribut à cette épidémie mondiale. La réponse ne sera pas évidente. Les énergies mobilisables vont certainement manquer.
Nous savons que ceci va se produire et c’est sans doute pour cette raison que nous devons, immédiatement, veiller à maintenir un rythme de travail sérieux malgré les conditions de confinement et d’éloignement de nos équipes. Il s’agit de rendre le redémarrage moins douloureux.

Nous entendons également celles et ceux qui prétendent que ‘rien ne sera plus comme avant?’ Et bien nous sommes prêts à parier le contraire. Donnons quelques semaines, de nouveaux événements inattendus et nous aurons oublié ce que nous sommes en train de vivre. Nos habitudes bonnes et mauvaises, solidement ancrées, reprendront le dessus.
Nous sommes certainement capables d’adapter notre manière d’être pour lutter ensemble contre un ennemi invisible. Mais nous avons aussi une propension naturelle à laisser s’exprimer nos instincts primaires d’égoïsme, d’auto-destruction et de satisfaction instantanée de pulsions basiques. C’est pour cela que nous filons dans les parcs lorsque le soleil brille, pour cela que nous sommes prêts à combattre pour le dernier pot de Nutella, et pour cela que nous reprendrons l’avion pour un city trip de 36 heures lorsque le traffic aérien aura repris.

Notre préoccupation première aujourd’hui consiste à éviter la paralysie totale, malgré la complexité de la situation. L’enjeu est de taille. Car, pour une réelle majorité des travailleurs, les contradictions perçues sur le plan du management et les paradoxes génèrent de l’immobilisme. Et, après la santé et la sécurité de chacune et chacun d’entre nous, c’est peut-être là que se trouve le principal danger qui nous guette.

Jean-Paul Erhard

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